Biographie | French

Résumé

15 mars 1948 – 19 août 2003

Sergio

Sergio Vieira de Mello est né le 15 mars 1948 à Rio de Janeiro (Brésil). De père diplomate, il résida à l’étranger dès son plus jeune âge. Une partie de son enfance se déroula d’abord à Beyrouth (Liban) puis en Italie où il fréquenta, entre autres, le lycée français Chateaubriand de Rome. De retour au Brésil, il termina ses études secondaires au lycée franco-brésilien et obtint un baccalauréat en lettres classiques avec mention.
Afin de se rapprocher de son père, alors Consul général du Brésil à Stuttgart, Sergio Vieira de Mello se rend en Suisse, en 1966, pour entreprendre des études de philosophie à l’Université de Fribourg. Puis il poursuit ses études en France, à Paris, où il obtient en 1969 sa licence et en 1970 une maîtrise en philosophie à l’Université de la Sorbonne.

En novembre 1969, il entre au Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) dont le siège est à Genève, Sadruddin Aga Khan est alors Haut-Commissaire. Recruté comme rédacteur au Secrétariat, il a pour tâche, entre autres, de s’assurer que les documents officiels sont rédigés correctement dans les différentes langues de l’organisation.
Tout en travaillant pour le HCR, il poursuit ses études de philosophie et obtient en 1974 son Doctorat de troisième cycle (mention très bien) de l’Université de la Sorbonne. Ses études universitaires seront couronnées de succès avec l’obtention, en 1985, d’un Doctorat d’Etat avec la soutenance de sa thèse « Civitas Maxima », mention très honorable.

En 1971, le HCR met en œuvre une opération de rapatriement sans précédent. En effet, à la suite de la guerre civile qui sévit dans la province pakistanaise du Bengale oriental, quelque 10 millions de personnes se réfugient en Inde. Dès la proclamation de l’indépendance du Bangladesh, en décembre 1971, les réfugiés retournent chez eux.
Sergio Vieira de Mello, alors âgé de 23 ans, est envoyé à Dacca, en septembre 1971 pour préparer le rapatriement et assurer la réintégration de cette immense population. Il restera au Bangladesh jusqu’en février 1972. Durant ces 5 mois de première expérience sur le terrain, Sergio sera témoin de la création d’un nouvel état : le Bangladesh.

En février 1972, après de nombreuses années de guerre, un accord de paix est signé à Addis Abéba entre les autorités de Khartoum et les rebelles du sud Soudan. A la suite de cet accord, des centaines de milliers de personnes du sud Soudan, réfugiées dans les pays limitrophes, désirent rentrer chez elles. Le HCR doit à nouveau assurer leur rapatriement.
Dès l’été 1972, Sergio Vieira de Mello est affecté à cette nouvelle opération du HCR. Il participera à la décision et la mise en œuvre de la construction d’un pont sur le Nil à Juba. Il n’a alors que 24 ans.
De retour du Soudan, il se marie avec Annie en France en 1973.

Dès l’année suivante, Sergio sera envoyé à Chypre, tout d’abord à Nicosie sud, puis comme représentant du HCR à Nicosie nord, de novembre 1974 à avril 1975.

La révolution des œillets au Portugal, en avril 1974, entraîne la chute de la dictature de Salazar et accorde l’indépendance aux dernières colonies portugaises : Angola, Cap-vert, Guinée-Bissau, Mozambique, Sao Tomé-e-Principe.
Le 25 juin 1975, le Mozambique devient indépendant. Sergio part avec son épouse pour s’occuper, à nouveau, du rapatriement et de la réinstallation des réfugiés mozambicains. Il restera à Maputo jusqu’en novembre 1977. Il sera, à 28 ans, l’un des plus jeunes représentants du HCR sur le terrain.

Début 1978, il est nommé Représentant régional du HCR pour l’Amérique latine. Sergio a à peine 30 ans. Il part avec sa famille au Pérou (Lima). Son premier fils Laurent, naîtra mi-1978.
Ils resteront 2 ans au Pérou où Sergio s’occupera essentiellement de la réinstallation vers des pays d’asile définitif, de réfugiés chiliens ayant fui le régime de Pinochet.

En janvier 1980, il revient à Genève (Suisse), à la division du personnel du HCR, où il est responsable de la formation des fonctionnaires.
Son deuxième fils Adrien naît mi-1980.

En novembre 1981, alors qu’il n’est à Genève que depuis 20 mois, Sergio Vieira de Mello est détaché auprès des Nations Unies. Il est nommé Conseiller politique de la FINUL (Force Intérimaire des Nations Unies au Liban) à Naqoura au sud Liban.
Cette première expérience de maintien de la paix permet à Sergio de mesurer la complexité de telles opérations qui ont, le plus souvent, bien des difficultés à maintenir la paix en raison du peu de coopération de tous les belligérants. Trop souvent, de telles opérations se limitent à une action humanitaire et l’expérience de la FINUL ne fit pas exception à la règle.

En juillet 1983, Sergio Vieira de Mello rentre à Genève où il reprend son poste au sein de la division du personnel au HCR. Il restera au siège plusieurs années et occupera diverses fonctions. Il sera aussi à l’origine de plusieurs projets et plans (CPA, CEI, …) qui modifieront la politique de l’Institution. Durant cette décennie, il fut nommé à Buenos Aires où il ne resta que quelques mois, rappelé à Genève par le nouveau Haut-Commissaire.
Sergio Vieira de Mello profita de cette période de stabilité à Genève pour terminer sa thèse de Doctorat qu’il soutient brillamment à la Sorbonne à Paris en décembre 1985.
Durant ces années passées au siège du HCR à Genève, il fut tour à tour, Chef de Cabinet du Haut-Commissaire et Chef du Secrétariat du Comité exécutif. En mai 1988, il devient Directeur du bureau Asie. Il sera le créateur et l’instigateur du « Plan d’Action Globale » (mieux connu sous le nom de CPA) qui permettra de mettre fin au drame des « boat people » vietnamiens. En effet, 10 ans après la fin de la guerre du Vietnam, les « boat people » vietnamiens continuaient de quitter leur pays, prenant des risques démesurés en traversant la Mer de Chine.
Si l’on connaît le nombre de « boat people » qui ont atteint les pays de premier asile en Asie du Sud-Est durant cette décennie, il est difficile en revanche de connaître avec précision le nombre d’entre eux qui a quitté le Vietnam. Il fallait mettre fin à cette tragédie. Sergio, instigateur du CPA, décida de réunir autour d’une même table de négociation, tous les protagonistes, y compris les autorités de Hanoï. Ce plan permit d’organiser une opération de rapatriement individuel vers le Vietnam avec un système de surveillance assuré par le HCR jusqu’à la fin des années 1990.
Durant cette période de stabilité à Genève, Sergio eut également les fonctions de Directeur des Affaires extérieures du HCR d’avril 1990 à décembre 1991.

Fin 1991, le nouveau Haut-Commissaire pour les réfugiés, Mme Sadako Ogata, le nomme Envoyé spécial au Cambodge. Dans le cadre des accords de Paris pour le Cambodge, signés en octobre 1991, une autorité provisoire des Nations Unies pour le Cambodge (APRONUC) est mise en place et Sergio devient le Chef de la division rapatriement. Cette opération sera considérée comme un succès pour les Nations Unies car, en juin 1993, quelque 370.000 cambodgiens ont regagné leur pays.

De retour à Genève en été 1993, Sergio repartira à l’automne pour une nouvelle opération de maintien de la paix, dans les Balkans. D’octobre 1993 à avril 1994, il sera Directeur politique de la FORPRONU à Sarajevo en Bosnie. Puis, en avril 1994, il rejoint Zagreb en tant que Chef des Affaires civiles de la FORPRONU.

Après cette expérience dans les Balkans, Sergio, de retour à Genève, sera nommé Directeur des Opérations et de la Planification (1994-1996) par Mme Ogata. L’une des tâches essentielles qu’il accomplira à ce poste, entre juin 1995 et septembre 1996, sera l’organisation de la Conférence sur les Réfugiés et les Mouvements de Population dans la Communauté d’Etats Indépendants (CEI). La conférence mènera à la conclusion d’un Plan d’action pour réguler les flux migratoires consécutifs à l’éclatement des anciennes républiques soviétiques.
En janvier 1996, Sergio devient Assistant du Haut-Commissaire avec le grade de Sous-Secrétaire Général des Nations Unies.

Il est à nouveau détaché du HCR auprès des Nations Unies en novembre 1996 pour assurer les fonctions de Coordonnateur Humanitaires des Nations Unies pour la région des Grands Lacs en Afrique.
Début 1997, il retourne à Genève pour une année et retrouve son poste d’Assistant du Haut-Commissaire.

Le 1er janvier 1998, alors que M. Kofi Annan a pris ses fonctions de Secrétaire général depuis un an, Sergio Vieira de Mello est à nouveau détaché du HCR auprès des Nations Unies à New York où il est nommé Secrétaire général adjoint au Département des Affaires humanitaires qui deviendra OCHA (Office de Coordination des Affaires humanitaires).
Dans le cadre de ses fonctions, Sergio fera, à la demande du Secrétaire général, une mission d’évaluation au Kosovo, en mai 1999. A son retour, il fait rapport au Conseil de Sécurité et est nommé par le Secrétaire général, le 11 juin 1999, son Représentant Spécial par interim à la tête de l’Administration Intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK).

De retour à New York en juillet 1999, il reprend ses fonctions à OCHA.
Début septembre 1999, la situation se détériore rapidement au Timor Oriental après la proclamations des résultats du référendum, organisé par les Nations Unies, en faveur de l’indépendance de cette ex-colonie portugaise annexée par l’Indonésie en 1976.
Le 15 septembre, par une résolution du Conseil de Sécurité, une Force Internationale d’Intervention (INTERFET) est créée et envoyée sur le terrain. Le 25 octobre de la même année, une nouvelle résolution du Conseil de Sécurité crée l’Autorité Provisoire des Nations Unies au Timor Oriental (UNTAET). Cette administration transitoire dispose des pouvoirs législatif et exécutif (y compris la Justice et l’Administration du Territoire). Sergio Vieira de Mello est nommé Administrateur de l’UNTAET. Il arrivera à Dili en novembre 1999 où il gouvernera le Timor Oriental jusqu’en avril 2002, date à laquelle Xanana Gusmao est élu Président.
Le Timor Leste est créé le 20 mai 2002 et devient le 192ème pays des Nations Unies.

En septembre 2002, désireux de rentrer en Suisse auprès de sa famille, Sergio est nommé Haut-Commissaire aux Droits de l’Homme, dont le siège est à Genève.
Il restera à ce poste jusqu’à la fin mai 2003, date à laquelle, M. Kofi Annan, lui demande d’être son Représentant Spécial à Bagdad, pour 4 mois. Il arrive en Iraq le 2 juin 2003.
Le 22 juillet, il fait rapport au Conseil de Sécurité sur la situation en Iraq et les conditions particulièrement difficiles dans lesquelles les Nations Unies doivent travailler.
Les forces de la coalition étaient entrées en Iraq le 19 mars 2003.
Cinq mois plus tard, le 19 août 2003, Sergio Vieira de Mello et 21 de ses collègues sont tués à Bagdad, lors de l’attentat le plus meurtrier qu’ait connu l’Organisation des Nations Unies.

Le monde était stupéfait. Le profond sentiment de perte qui a accompagné la brusque disparition de Sergio a suscité une vague de douleur et de désespoir sans précédent. Il est difficile d’exprimer le sentiment le plus approprié pour décrire le vide ressenti dans le monde entier à la suite de sa disparition prématurée. Pourtant un témoignage se distingue en raison de sa simplicité et parce qu’il venait du coeur.

Kamel Morjane, ancien Assistant Haut Commissaire au HCR et ami de Sergio : «Au HCR, où il a passé 25 années de sa vie, il était le fils brillant que ses aînés auraient souhaité avoir. Pour ses pairs, comme moi, il était le collègue ou l’ami, souvent les deux à la fois, que l’on essayait d’imiter et de tenir en exemple, mais qu’aucun n’a jamais été en mesure d’égaler.»

Tout au long de sa longue carrière, Sergio fut soutenu, encouragé et protégé dans l’ombre par sa femme Annie tandis qu’ils regardaient tous deux avec fierté leurs fils, Laurent et Adrien, grandir et devenir des jeunes hommes épanouis. En tant que famille, leur bien aimé mari et père continuera de leur manquer cruellement.

Après une veillée funèbre à Rio de Janeiro, sa ville natale, et à Genève, une ville devenue sa seconde maison et dont les citoyens s’étaient amassés le long des routes pour lui rendre un dernier hommage, Sergio Vieira de Mello fut conduit au Cimetière des Rois où il repose désormais en paix.

Chronologie

1969 – 1971

Rédacteur en français, UNHCR, Genève, 1969-1971

• Après l’Europe, le HCR se focalise sur l’Afrique et l’Asie
• Le Haut-Commissaire, le Prince Sadruddin Aga Khan, élargit le mandat de l’organisation pour également intervenir sur le plan politique en faveur des réfugiés
• Le Bangladesh, l’Ouganda et le Soudan deviennent les centres d’intérêt en matière de rapatriement et de réinstallation
• De jeunes talents émergent de l’évolution de l’organisation

Le HCR au début des années soixante-dix

1. Jusqu’en 1964, certains réfugiés ont été décrits comme bénéficiant des bons offices du Haut Commissariat, et d’autres comme relevant de son mandat. À partir de 1966 toutefois, l’Assemblée Générale cessa de faire cette distinction, en demandant au Haut Commissaire de « continuer à fournir une protection internationale aux réfugiés sous sa responsabilité, dans les limites de sa compétence, et de créer des solutions durables à leurs problèmes. » Plus tard, en décembre 1972, afin de permettre au HCR de faciliter le rapatriement des réfugiés du Sud Soudan en provenance des pays voisins et également de réinstaller ceux déplacés à l’intérieur de leur propre pays, l’Assemblée Générale reconnut les réfugiés et personnes déplacées comme relevant de la compétence du Haut Commissaire. En 1975, une étape importante a été franchie lorsque la résolution 3454 du 9 décembre a réaffirmé dans son préambule «le caractère essentiellement humanitaire des activités du Haut Commissariat en faveur des réfugiés et des personnes déplacées.” Cette ère de l’organisation a coïncidé avec la présence du Prince Sadruddin Aga Khan à la tête du HCR en tant que Haut Commissaire, ce qui le fit reconnaître unanimement comme la personne ayant apporté une autre dimension au HCR.

2. Les dépenses de l’Organisation en Afrique et en Asie ont, pour la première fois, dépassé celles effectuées en Europe, marquant ainsi un transfert évident des priorités de l’Europe vers le monde en développement. Le Haut Commissaire renforça les relations avec les gouvernements africains et contribua à améliorer la coopération inter-institutions au sein des Nations Unies afin de résoudre les problèmes de déplacements massifs de population en Afrique sub-saharienne et en Asie. Les points clés du mandat du HCR ont été le rôle majeur joué dans la crise des réfugiés du Bangladesh en 1971, l’expulsion des asiatiques d’Ouganda en 1972 et le rapatriement massif et la réinstallation des réfugiés du Sud Soudan en 1972 à la suite de l’Accord de Paix d’Addis-Abeba.

Réalisations

3. Sergio Vieira de Mello obtint un diplôme en philosophie à la Sorbonne, en France, en 1969. Et cela malgré son exclusion de la Sorbonne en 1968 pour activisme estudiantin et la décision du gouvernement militaire brésilien de 1969 d’envoyer en retraite forcée son père, alors Consul Général du Brésil à Stuttgart en Allemagne. Cette détermination dans l’adversité lui servit plus tard dans la vie, chaque fois qu’il avait à faire face à des situations où d’autres que lui auraient désespéré.

4. A l’âge de 21 ans, Sergio, étant à Genève, décida de tenter sa chance auprès de l’ONU. Il fut reçu par l’ancien Chef du Personnel au Palais des Nations, Jean Halperin. Impressionné par la logique du jeune homme et par la pertinence de ses qualifications en philosophie, il lui proposa un emploi temporaire en qualité de messager durant la session de l’ECOSOC. Quelques jours plus tard, le Chef du Secrétariat du HCR demanda à Jean Halperin de lui recommander une personne compétente pour remplir les fonctions d’écrivain bilingue/rédacteur. Il a immédiatement fait appel à Sergio en lui précisant que le travail proposé n’était ni passionnant ni exaltant. M. Halperin le recommanda au HCR et c’est ainsi que Sergio commença une carrière au HCR qui allait durer près de trente ans. Des années plus tard, Jean Halperin, se souvenait en ces mots encore de son rôle dans l’insertion de Sergio dans le système des Nations Unies : “J’ai eu la chance extraordinaire de le faire entrer à l’ONU et de le mettre en orbite! Etant bien entendu, que tout le reste a été entièrement dû à son propre mérite ».

5. En conformité avec ses idéaux d’équité, de justice et de respect des droits fondamentaux de l’homme découlant de sa solide formation et de sa passion de la philosophie, Sergio trouva facile de s’adapter à l’environnement international et à la noble mission de l’ONU, en particulier concernant son action humanitaire et ses objectifs humanistes. Il fut convaincu, très tôt dans sa carrière, que l’ONU ne pourrait répondre de manière efficace et durable aux besoins humanitaires sans consolider la paix et s’engager dans la promotion du dialogue afin de régler de manière pacifique les conflits.

6. Le premier poste de Sergio au HCR, de niveau P1, en tant que rédacteur français, coïncida avec l’évolution des préoccupations de l’organisation en matière de protection juridique des réfugiés et de leur intégration dans leur pays de premier asile ou de leur réinstallation dans des pays tiers. Le HCR visant ainsi à devenir un organisme opérationnel international avec un mandat élargi. Le Haut Commissaire, le Prince Sadruddin Aga Khan, décida d’adapter l’organisation aux nouvelles réalités et de démontrer l’universalité de son mandat. En intervenant non seulement sur le terrain, mais également au niveau politique, pour trouver des solutions, il a jeté les bases de l’action humanitaire moderne. Il était assisté par une équipe dévouée et expérimentée au sein du HCR, ainsi que par une nouvelle génération de jeunes gens talentueux, dont Sergio, qui firent évoluer l’organisation. Nombreux sont ceux qui, plus tard, exprimèrent leur admiration pour Sergio pour ses talents exceptionnels de dirigeant et sa chaleur humaine envers ses collègues et amis.

7. Sergio était attaché au Secrétariat du HCR en tant que responsable de toute la correspondance officielle et la préparation des rapports destinés aux gouvernements, à l’Assemblée Générale des Nations Unies et au Comité Exécutif du Haut Commissariat. Cette expérience lui permit d’affiner ses talents de diplomate qui se révèleraient, plus tard dans sa carrière, d’une valeur inestimable dans ses relations avec les gouvernements. Durant les deux années qui suivirent son entrée au HCR, Sergio fut affecté au Pakistan oriental (Bangladesh), commençant ainsi une longue carrière sur le terrain au cours de laquelle il se ferait apprécier à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Organisation.

1971 – 1972

Administrateur de projet, HCR, Dacca, Pakistan oriental 1971-1972

• Révolte sanglante pour l’indépendance du Pakistan
• 10 millions de réfugiés ont fui vers l’Inde
• Tous les réfugiés sont rentrés chez eux et ont été réinstallés

Situation au Pakistan oriental en 1971

1. En 1971, le Pakistan oriental, conduit par Mujibur Rahman, se rebelle contre les autorités pakistanaises et demande son indépendance. Les violences poussèrent 10 millions de personnes à se réfugier en Inde. Tous les efforts de réconciliation échouèrent. Les violents conflits sur sa frontière et l’afflux massif de réfugiés sur son sol, ont poussé l’Inde à déclarer la guerre au Pakistan le 6 décembre 1971. Dix jours plus tard, Mujibur Rahman déclara l’indépendance de la province sécessionniste et une nouvelle nation, le Bangladesh, vit le jour.

2. La tension entre l’Inde et le Pakistan au sujet de la crise du Bangladesh mit le Haut Commissaire pour les Réfugiés, le Prince Sadruddin Aga Khan, devant un dilemme. D’une part, il était tenu de mettre un terme aux souffrances des dix millions de réfugiés bengalis en Inde en les rapatriant volontairement. D’autre part, il savait bien que ce but ne pouvait être atteint sans un dialogue positif et une réconciliation entre l’Inde et le Pakistan. Il se lança alors dans une navette diplomatique entre les deux pays. Il désigna une personne remarquable, John Kelly, connu pour ses compétences en matière de négociation, accompagné de Sergio Vieira de Mello, également doué pour la diplomatie et le dialogue, pour une mission à Dacca en vue d’établir la présence du HCR. L’équipe était soutenue à Genève par Catherine Bertrand, alors Administrateur du programme. La mission au Pakistan oriental fut un succès. Au moment où le retour massif des réfugiés commença en Inde, le HCR était déjà opérationnel pour les recevoir ou les réinstaller.

Réalisations

3. La courte mission de Sergio au Bangladesh, au tout début de sa carrière, fut enrichissante et l’expérience se révéla précieuse pour ses années futures, comme il le résuma lui-même à un ami proche quelques années plus tard : « Ce fut une expérience extraordinaire. J’avais 23 ans, l’âge d’un de mes fils aujourd’hui. J’ai été témoin de la douloureuse naissance d’une nation ». Cette mission renforça encore la conviction de Sergio de l’importance cruciale du dialogue dans la création de conditions propices à la réconciliation et à une paix et un développement durables.

1972 – 1973

Administrateur de programme, UNHCR, Khartoum et Juba, Soudan 1972-1973

• Longue et brutale guerre civile
• Des centaines de milliers de personnes tuées
• 250.000 réfugiés dans les pays avoisinants
• 600.000 personnes déplacées
• 200.000 réfugiés rapatriés et réintégrés ou réinstallés

Situation au Soudan au début des années soixante-dix

1. L’indépendance est proclamée au Soudan en 1956 malgré la forte opposition des Soudanais du Sud désirant, avant de décider de leur avenir, une période de préparation, sous protectorat britannique, en matière d’éducation, de service public et de démocratie. La mutinerie de la Force de Défense du Soudan(SDF) en août 1955 à Torit, dans la province Equatoria, a représenté le point culminant des réactions de frustration du Sud par rapport à la domination totale du Nord. La période 1956-1972 fut marquée par une sévère répression envers les Chrétiens du Sud et les animistes par les gouvernements successifs du Nord qui les accusaient d’entretenir des ambitions sécessionnistes. Les tueries aveugles, les mutilations et les déplacements massifs étaient quotidiens. Des centaines de milliers de personnes ont été tuées et 250.000 ont fui et se sont réfugiées dans les pays voisins : Ouganda, Kenya, Ethiopie, République centrafricaine (RCA) et Zaïre. Plus de 600.000 victimes innocentes ont été déplacées et forcées de vivre dans des conditions inhumaines.

2. La lutte armée du Sud contre le Nord s’est transformée en un redoutable mouvement, connu familièrement comme Anya Anya (Venin de Serpent), dirigé par un jeune officier de l’armée, déserteur de l’armée du Nord, le Lieutenant Lagu Joseph, qui deviendra plus tard général. L’attention mondiale finit par être attirée par cette longue guérilla au Soudan du Sud, qui dura 17 ans. Les effets dévastateurs de la guerre et la répression sévère du Nord ont causé des ravages et d’incommensurables souffrances parmi la population. Cette guerre civile est devenue célèbre sous le nom de “Guerre oubliée”.

3. L’Accord de Paix de la conférence d’Addis-Abeba entre le Nord et le Sud en février 1972, sous l’égide de l’Empereur Haile Selassie, a abouti à la cessation des hostilités et à la paix au Soudan. L’autonomie régionale a été accordée au Sud et Abel Alier, avocat très respecté du Sud, est devenu le premier Président du Sud-Soudan. Le Général Joseph Lagu assuma le commandement de la division intégrée de l’Armée du Soudan, basée dans le Sud, avec pour quartier général Juba. Le pays a dû faire face à la difficile tâche de rapatrier des millions de réfugiés et de mettre en place les mesures nécessaires pour la reconstruction et le développement du Sud-Soudan. La communauté internationale, représentée par le HCR, apporta son assistance et son soutien à la jeune région.

Réalisations

4. A l’âge de 24 ans, à peine trois ans après ses débuts au HCR, Sergio Vieira de Mello fut muté de Dacca, au Bangladesh, à Khartoum puis Juba au Sud-Soudan. Son affectation a coïncidé avec l’entrée en vigueur de l’Accord de Paix de la conférence d’Addis-Abeba. Alors Haut Commissaire pour les réfugiés, le Prince Sadruddin Aga Khan, a joué un rôle important, en arrière plan, dans la conclusion de l’Accord de paix et était donc particulièrement intéressé au succès de l’opération de rapatriement et de réinstallation des réfugiés. Ce n’était donc pas par hasard que le Haut Commissaire veilla à ce que les jeunes talents, les meilleurs au sein de l’Organisation, représentés par Sergio, soient les envoyés du HCR pour cette mission difficile.

5. Sa précédente affectation au Bangladesh où le HCR avait aidé à réinstaller un nombre très important de rapatriés, avait bien préparé Sergio à ses nouvelles responsabilités. Sous la direction générale de Thomas Jamieson, et soutenu par l’Administratrice de programme à Genève, Catherine Bertrand, Sergio géra les opérations à partir de la sous-délégation du HCR à Juba. Il supervisa ainsi la distribution aux rapatriés, de vivres, de vêtements, de fournitures médicales et de matériaux de construction, en étroite collaboration avec les autres partenaires. L’accueil de 200.000 réfugiés, leur transport et leur rapatriement dans leurs villages et leurs communautés d’origine représentaient une grande partie des responsabilités de Sergio. Au total 1.190.320 personnes, y compris les personnes déplacées, ont émergé de la brousse et regagné leur foyer d’origine. Il s’est acquitté de ces tâches avec succès, gagnant la satisfaction et les félicitations de ses pairs et de ses supérieurs. Son talent à encourager le dialogue et la réconciliation avait pu s’exercer avant tout dans les relations quotidiennes avec les rapatriés récalcitrants provenant de diverses origines et affiliations tribales. Bien que parfois irréalistes dans leurs attentes, ils pouvaient facilement communiquer avec Sergio, qu’ils respectaient, car il faisait preuve de compréhension et, par le dialogue, parvenait à résoudre leurs problèmes.

6. Les problèmes de transport et de logistique ont été les principaux obstacles au rapatriement des réfugiés par le HCR en raison de la lenteur du transport fluvial du Nord vers le Sud et des routes rendues inutilisables dans le Sud par les pluies et le manque d’entretien. Le transport des personnes, en particulier les rapatriés, et des marchandises sur le Nil en provenance d’Ouganda et du Kenya vers Juba, a représenté un exploit. Ce goulet d’étranglement a été supprimé lorsque les Pays-Bas ont contribué à l’installation d’un pont préfabriqué dans le cadre du programme du HCR au Sud-Soudan. Le transport à Juba des éléments du pont et leur ré-assemblage de l’autre côté du Nil représentèrent un travail colossal d’ingénierie. Ce pont a non seulement remplacé l’ancien ferry, mais il reste à ce jour le lien vital entre le Sud-Soudan et l’Afrique de l’Est. Les compliments les plus vifs sont à adresser à Sergio et ses collègues pour leur clairvoyance dans la négociation du don de cet important pont sur le Nil et sa construction à Juba.

7. Sergio quitta Juba et le Soudan en juin 1973, après l’assistance apportée par le HCR au gouvernement régional du Sud-Soudan pour rapatrier et réintégrer les 200.000 rapatriés et 600.000 personnes déplacées, mettant ainsi en marche le processus de redressement économique, de reconstruction et de développement. La population du Sud-Soudan continue à bénéficier de la décision prise par le HCR, à l’initiative de Sergio, d’aller au-delà de son mandat de secours aux réfugiés en reconstruisant des hôpitaux, des écoles, des routes et des ponts et en relançant l’agriculture. À son crédit, Sergio assuma brillamment non seulement ses responsabilités au sein du HCR mais il laissa aussi le souvenir d’un jeune homme animé par la passion pour le dialogue et la réconciliation.

1974 – 1975

Administrateur de programme, UNHCR, Nicosie, Chypre 1974-1975

• Tensions entre Chypriotes grecs et turcs
• La Turquie envahit le nord de Chypre et bombarde les principales villes
• 180.000 Chypriotes grecs se réfugient au sud de l’île tandis que 11.000 Chypriotes turcs sont transférés au nord vers la zone occupée par la Turquie
• Une île divisée
• Toutes les populations déplacées grecques et turques sont réinstallées

Situation à Chypre au milieu des années 1970

1. Depuis son indépendance obtenue des Britanniques en 1960, Chypre était en proie à des tensions entre la majorité grecque et la minorité turque de la population. Ces tensions ont atteint leur apogée en été 1974 lorsque la Turquie envahit et occupa une enclave du nord de l’île, alors que ses avions bombardaient les principales villes du pays. 180.000 Chypriotes grecs affluèrent alors au sud de l’île tandis que 11.000 Chypriotes turcs furent transférés vers la zone occupée par la Turquie au nord de l’île. La crise était aggravée par le fait que les 191.000 personnes déplacées représentaient un tiers de la population de l’île ! Les forces onusiennes de maintien de la paix, présentes depuis 1964, furent dans l’incapacité d’apaiser les tensions. Leur seul moyen d’action fut de déployer une ligne de cessez-le-feu, pour éviter une confrontation violente. L’île est restée divisée, jusqu’à ce jour, par une frontière traversant la capitale Nicosie.

2. En 1974, à la demande du Secrétaire général de l’ONU, Kurt Waldheim, le Haut Commissaire pour les Réfugiés, le Prince Sadruddin Aga Khan, lança ce qui fut alors appelé les « Opérations Humanitaires Spéciales » pour solutionner le déplacement des populations de Chypre. Sergio Vieira de Mello faisait partie de l’équipe déployée sur l’île. Celle-ci avait pour mission de porter assistance aux populations affectées, de construire des écoles et des hôpitaux et de recréer une dynamique d’emploi.

Réalisations

3. D’abord affecté au sud de l’île, Sergio fut ensuite muté au nord pour s’occuper des Chypriotes turcs déplacés. Ses missions au Bangladesh et au Soudan l’avaient bien préparé pour son nouveau rôle. Chypre devait être une période charnière dans la vie de Sergio : ce fut ses premières relations avec le monde militaire qui se transformèrent, avec le temps, en une relation d’amitié et d’admiration mutuelle. Sergio appréciait la culture militaire, sa discipline et son respect des engagements et faisait confiance aux militaires. Bien que la nature des problèmes et les besoins des populations déplacées à l’intérieur de Chypre étaient spécifiques à l’île, Sergio et l’équipe sur place surent remplir les attentes du Haut Commissaire. La mission eut un succès retentissant.

4. La mission de Sergio au nord de Nicosie le plaça dans une situation délicate. Pour mener à bien ses objectifs, il dut négocier continuellement avec les troupes de maintien de la paix et les forces d’occupation turques. Il eut recours à ses talents de diplomate pour encourager le dialogue et la réconciliation, en ignorant parfois les tracasseries administratives. Finalement, les bénéficiaires des efforts de Sergio furent les populations déplacées de Chypre qui purent se reloger et reconstruire leur vie.

1975 – 1977

Représentant adjoint et Représentant, UNHCR, Maputo, Mozambique 1975-1977

• Une guerre de libération de 12 ans
• Des centaines de milliers de personnes qui furent déplacées et trouvèrent refuge dans les pays voisins ou survécurent dans des conditions sordides en tant que populations déplacées internes
• 26.000 réfugiés du Zimbabwe au Mozambique et des milliers de personnes bombardées par les forces aériennes de Rhodésie
• 80.000 rapatriés réintégrés
• 500.000 déplacés internes qui furent réinstallés

Situation au Mozambique au milieu des années soixante-dix

1. En avril 1974, la Révolution des Oeillets au Portugal porta au pouvoir un régime progressiste qui adopta des changements politiques radicaux, notamment sur la décolonisation. Ce nouveau régime négocia l’indépendance de ses colonies africaines, telles que le Mozambique, l’Angola, la Guinée Bissau et le Cap-Vert. Pour le Mozambique, dix années de guerre de libération avaient causé le déplacement de dizaines de milliers de personnes, les contraignant à trouver refuge dans les pays voisins. L’indépendance fut finalement proclamée en 1975. Le 25 juin 1975, le chef du Frelimo (Front de Libération du Mozambique), Samora Machel, devint le premier Président du pays. Le rapatriement et la réintégration de milliers de réfugiés devinrent des priorités pour le nouveau gouvernement en place. Heureusement, le HCR avait pris la précaution d’établir une présence importante dans le pays afin d’aider le gouvernement à accueillir et canaliser les afflux massifs de réfugiés.

2. Le nouveau gouvernement s’allia rapidement avec les fronts de libération du Zimbabwe, puis de la Rhodésie et de l’Afrique du Sud, ce qui provoqua l’indignation des régimes racistes de ces deux derniers pays et de vives représailles de leur part contre le Mozambique. Les tensions atteignirent leur point culminant quand, en août 1976, le régime rhodésien lança une terrible attaque aérienne qui décima des milliers de réfugiés d’un camp situé à la frontière, pourtant sous contrôle du HCR. Le Haut Commissaire pour les Réfugiés, Sadruddin Aga Khan, décrivant l’événement comme abominable, réagit violemment: « le but recherché par les responsables de cette atrocité dépasse mon entendement ».

3. A la confrontation avec l’Afrique du Sud et la Rhodésie, le Président Samora Machel ajouta la signature d’un traité de coopération et d’amitié avec l’Union Soviétique qui fut contesté par une partie de la population mozambicaine et plongea le jeune pays dans une guerre civile en 1976.

Réalisations

4. Sergio Vieira de Mello fut transféré de Chypre à Maputo en juillet 1975 et nommé, par le Haut Commissaire pour les Refugiés, son Représentant adjoint au Mozambique. Il prit son poste le jour même de l’indépendance alors que le nouveau gouvernement, avec qui il serait amené à collaborer étroitement, prenait ses fonctions. Sergio devint Représentant au bout d’une année et demie et supervisa les principales opérations de rapatriement et de réintégration.

5. L’afflux de réfugiés commença au milieu de l’année 1975. Avec un budget de 7 millions de dollars US, le HCR lança un vaste programme pour le rapatriement de 80.000 réfugiés et réintégra 500.000 personnes déplacées internes dans leurs communautés d’origine. L’aide principale apportée à ces populations en difficulté consistait en la fourniture d’outils et de graines destinés à les aider à reconstruire leur vie. En attendant que les récoltes soient satisfaisantes, le HCR leur fournit de la nourriture. Les réfugiés du Zimbabwe furent rapatriés bien plus tard, lorsque le pays obtint l’indépendance. Sergio utilisa son talent de diplomate, son sens du dialogue et son désir de réconciliation pour réaliser cette tâche délicate et gagner la confiance du jeune gouvernement, ainsi que celle des réfugiés et des déplacés internes. Il passa le flambeau à Anne Willem Bijleveld et quitta le Mozambique en septembre 1977 pour Lima, au Pérou, en tant que Représentant Régional du HCR. Il ne devait retrouver le continent africain que bien des années plus tard.

1978 – 1980

Représentant Régional, UNHCR, Lima, Pérou 1978-1980

• Des dictatures de droite prennent le pouvoir dans divers pays d’Amérique Latine
• Un groupe armé de la droite chilienne contraint 10.000 sympathisants de la gauche chilienne à fuir dans les pays voisins
• La situation se répète en Argentine, en Bolivie et au Pérou, créant de vastes mouvements de populations réfugiées à travers le continent
• Protéger, porter secours, rapatrier et réintégrer les populations déplacées, tels furent les défis majeurs du HCR
• Les exilés et réfugiés s’installèrent pour la plupart en Europe

Situation au Pérou à la fin des années 1970

1. Le 11 septembre 1973, le général Augusto Pinochet renverse le gouvernement de Salvador Allende, élu de façon démocratique par le peuple quelques années auparavant, et prend le pouvoir au Chili. Ceci marqua le début d’une vague de prise de pouvoir par des dictateurs de droite en Argentine, en Bolivie et au Pérou. Au Chili, ce changement mit soudainement en danger la vie de dizaines de milliers de Chiliens. L’élite de gauche comprenant des hommes politiques, des avocats, des universitaires, des journalistes et d’autres professions devint suspecte et fut poursuivie. La répression, marquée par des harcèlements, arrestations, tortures et assassinats s’étendit progressivement aux dirigeants syndicaux, travailleurs et étudiants. Un grand nombre de ces personnes ciblées fut obligé de chercher refuge dans les pays voisins, mais aussi en Europe et en Amérique du Nord. La protection du HCR leur était nécessaire.

2. Par une cruelle ironie de l’histoire, le Chili avait auparavant offert l’asile aux réfugiés fuyant les dictatures du Brésil, de la Bolivie, de l’Uruguay et du Paraguay. Le Chili, qui avait adhéré, sous le mandat d’Allende, à la Convention de 1951 et au Protocole de 1967 garantissant la protection internationale des réfugiés, avait considéré cet engagement nécessaire pour être en conformité avec les traités de protection internationale. Ces demandeurs d’asile se retrouvèrent soudainement en danger et demandèrent la protection du HCR.

3. Le Haut Commissaire pour les réfugiés, le Prince Sadruddin Aga Khan, envoya un message au Président Pinochet pour lui rappeler les engagements internationaux de son pays. Une équipe du HCR, sous la responsabilité de son Bureau Régional de Buenos Aires, fut envoyée à Santiago pour pallier les premiers besoins des exilés. Beaucoup de Chiliens eurent la chance d’être rapidement réinstallés en Europe, pourtant des milliers furent contraints de traverser les frontières et de se réfugier dans les pays voisins. Leurs conditions de vie n’étaient néanmoins pas meilleures que celles qu’ils avaient laissées derrière eux. Un grand nombre d’entre eux passa en Argentine où le régime populiste de Perón les accueillit chaleureusement. Le Brésil et le Pérou, gouvernements militaires de droite dont les points de vue étaient proches des opinions de Pinochet, bien que signataires également des traités internationaux relatifs aux réfugiés, n’en acceptèrent que quelques milliers. Ces dictateurs demandèrent et obtinrent que les réfugiés soient placés sous la seule responsabilité du HCR jusqu’à ce que des pays, externes à la région, acceptent de les accueillir. Ainsi le HCR fut-il contraint d’ouvrir des bureaux à Rio de Janeiro et à Lima pour protéger les réfugiés et organiser leur réinstallation dans des pays tiers.

4. La situation des réfugiés en Amérique Latine s’aggrava encore lorsque, le 24 mars 1976, la junte militaire dirigée par le général Jorge Rafael Videla s’empara du pouvoir en Argentine. La tristement célèbre «sale guerre » qui suivit contraignit des milliers d’Argentins à s’exiler, en étant même poursuivis au-delà des frontières. Ils se sentaient menacés partout en Amérique Latine, tout comme les Chiliens avant eux. À peu près au même moment, alors que les pays d’asile en Europe avaient fait preuve d’une grande générosité durant les premiers jours, le nombre de visas pour réfugiés ainsi que la volonté d’accueil commençaient à diminuer. Ce problème fut le plus fortement ressenti au Pérou où les réfugiés chiliens, dépourvus de toute forme d’activité lucrative et dont l’espoir de reprendre une vie normale s’amenuisait de jour en jour, se tournèrent vers le HCR pour exprimer leur colère et leur frustration en occupant les bureaux à Lima.

Réalisations

5. Sergio Vieira de Mello fut affecté par le Haut Commissaire à la tête du bureau de Lima, occupé alors par les réfugiés. A l’âge de trente ans, Sergio était probablement le plus jeune Représentant de l’histoire du HCR. Sa première tâche fut d’entamer le dialogue avec les réfugiés et de négocier leur retrait du bureau, ce qui ne fut pas facile. Mais il utilisa, une fois encore, ses talents de diplomate et son sens du dialogue pour aboutir à une solution satisfaisante pour le gouvernement, les réfugiés et le HCR lui-même. L’organisation put reprendre normalement ses opérations et la représentation de Lima put dorénavant rapporter directement au siège du HCR à Genève.

6. De sa mission au Pérou, Sergio rapporta deux choses essentielles. Ayant vécu une partie de la crise politique dans le pays, il eut la joie et le bonheur d’assister à la fin du régime militaire et d’être le témoin du vote démocratique de 850.000 autochtones péruviens. D’autre part, il eut pour la première fois l’occasion de traiter des cas de réfugiés individuels. Il décrivit cette expérience ainsi : « je les connaissais par leurs noms, leurs sourires, leurs chants et leurs larmes. »

1980 – 1981

Service du Personnel, Chef de la Section de la Formation et du Développement, UNHCR, Genève, janvier 1980-1981

• Le HCR devient véritablement opérationnel, mais le besoin en cadres qualifiés se fait toujours ressentir
• Le principal problème humanitaire dans le monde est celui des dizaines de milliers de réfugiés vietnamiens, les “Boat People”
• Le HCR se voit attribuer le Prix Nobel de la Paix pour la deuxième fois
• Le HCR renforce sa collaboration avec ses ONG partenaires
• Lancement d’un programme global de Développement du Personnel et d’une unité d’urgence

Le HCR au début des années 1980

1. Au début des années 1980, le HCR, sous la direction du Haut Commissaire Poul Hartling, a dû relever de nouveaux défis avec, entre autres, la politisation grandissante du problème des réfugiés en raison principalement de la Guerre froide. L’exode massif en Asie du Sud-Est et les réactions internationales qui en découlèrent entraînèrent l’organisation dans une vaste opération humanitaire. Le HCR mit en place également d’autres opérations de secours d’urgence, notamment dans la Corne de l’Afrique et en Amérique centrale, ainsi qu’auprès des réfugiés afghans en Asie. Alors qu’elle poursuit ses vastes opérations de soutien aux réfugiés afghans et cambodgiens, l’organisation se voit attribuer le Prix Nobel de la Paix, pour la deuxième fois en 1981, en récompense, principalement, pour son travail remarquable dans la gestion de la crise des réfugiés vietnamiens.

2. En 1982, le nombre de réfugiés sous mandat du HCR dépassait les dix millions. En Asie du Sud-est, des dizaines de milliers de vietnamiens (« Boat People ») étaient réfugiés dans les camps en attendant leur éventuelle réinstallation ailleurs. Des millions d’Afghans fuyant l’occupation soviétique, trouvèrent refuge dans les camps en Iran et au Pakistan. La solution traditionnelle consistant à réinstaller les réfugiés dans des pays tiers devenait difficile et irréaliste pour la majorité des réfugiés. Le HCR arriva à la conclusion que le rapatriement volontaire était la seule solution durable pour mettre fin aux souffrances des réfugiés dans les camps d’Asie, d’Afrique et d’Amérique centrale. Les années 1979-1981 furent dès lors caractérisées par une expansion sans précédent des activités du HCR, principalement en Asie du Sud-est. Les effectifs passèrent de 730 collaborateurs en 1979 à plus de 1600 en 1981! Pour faire face à la nouvelle charge de travail, le Haut Commissaire Hartling ordonna l’accroissement des capacités de fonctionnement de l’organisation au moyen de diverses mesures. La mise en application de ces mesures fut principalement confiée au bureau du Développement et de Formation du Personnel en collaboration étroite avec l’Unité d’urgence nouvellement créée.

Réalisations

3. De retour de sa mission au Pérou, Sergio Vieira de Mello fut nommé par le Haut Commissaire, Chef de la Section de Développement et de Formation du Personnel, en janvier 1980. Au nombre des défis rencontrés par Sergio dans son nouveau poste figurait l’évaluation, au moyen de programmes et de sondages périodiques, des besoins de formation du personnel. Parallèlement, il développa un système d’orientation professionnelle pour identifier les compétences et aspirations de chacun et déterminer la formation la mieux adaptée. Il eut notamment à organiser l’orientation et la formation du personnel spécialisé nouvellement engagé, en vue de lui apporter l’expérience et les connaissances relatives aux situations particulières des réfugiés . L’organisation se devait d’améliorer les compétences de son personnel pour faire face à l’augmentation de ses missions de protection internationale. Le cas des femmes réfugiées allait également prendre davantage d’importance dans les programmes de développement. Le goût de Sergio pour le dialogue et la résolution pacifique des conflits trouva de nombreuses applications dans ces programmes. C’est en grande partie grâce à son rôle de précurseur dans le développement de carrière et la formation du personnel, ainsi que dans sa capacité à se déployer rapidement sur le terrain, que le HCR a été reconnu comme référence en matière de résolution des problèmes relatifs aux réfugiés.

4. En 1980, la nouvelle Unité d’urgence, sous le contrôle de Nicholas Morris, débuta ses activités. Ce fut la première tentative de l’organisation de créer un système de stand-by, personnel et matériel prêts à être déployés sur le terrain, auquel le HCR eut recours lors de ses grandes opérations des années suivantes. Le Centre de Développement et de Formation du Personnel contribua aux travaux de l’Unité d’Urgence en rédigeant, en particulier, le célèbre et avant-gardiste “Manuel du HCR pour les situations d’urgence”.

5. Pour compléter ses effectifs, le Haut Commissaire encouragea les accords de collaboration entre le HCR et les ONG associées, plus connues sous le nom de « Partenaires en Action » ou PARINAC. Sergio joua un rôle majeur dans l’application des principes de ces accords. Ces accords, ainsi que la collaboration avec l’Unité d’urgence, fournirent au HCR les moyens de recrutement et de déploiement rapide du personnel sur le terrain, donnant à l’organisation sa réputation de fiabilité et d’efficacité. La position stratégique de Chef de la Formation et du Développement du Personnel donna à Sergio l’occasion de cultiver des relations étroites avec un grand nombre de personnes du HCR qui firent plus tard partie de son cercle de collègues et amis, à qui il manque et continuera de manquer cruellement.

1981 – 1983

Conseiller Politique Spécial, FINUL, DOMP, Liban 1981-1983

• Une guerre civile brutale et des tensions incessantes sur la frontière Libano-Israélienne conduit à de constantes incursions
• Occupation par Israël des terres libanaises situées au sud de la rivière Litani et invasion à grande échelle du Liban
• Des milliers de personnes tuées ou déplacées
• Les résolutions du Conseil de Sécurité ne sont pas respectées
• Conséquence dramatique de la guerre civile : l’occupation israélienne et les tensions à la frontière sont finalement sous contrôle, mais le pays est en ruine

Situation au Liban au début des années 1980

1. Le début des années 1970 a vu le Liban plongé dans une guerre civile dévastatrice qui ne se termina qu’en 1990. Elle laissa le pays et ses infrastructures en ruine. 20’000 personnes perdirent la vie et des centaines de milliers furent déplacées. Beaucoup fuirent le pays et se réfugièrent dans les pays voisins ou dans d’autres pays. En mars 1978, pour contrer les incursions constantes et les tirs de roquettes des palestiniens, Israël envahit le sud du Liban et occupe les territoires situés au sud de la rivière Litani, allant ainsi à l’encontre des résolutions de l’ONU. Le Conseil de Sécurité demanda immédiatement le retrait israélien et déploya une force de maintien de la paix dans la région. Sa principale tâche était d’assurer le retrait des troupes israéliennes et de rétablir la paix et la sécurité en aidant le gouvernement libanais à restaurer son autorité sur le pays. La Force Intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) fut déployée le 23 mars 1978 pour contrôler un territoire de 650 kilomètres carrés et une population de 4.000 personnes. Un cessez-le-feu fut signé et Israël se retira du Liban tout en continuant à occuper une bande de terre le long de la frontière.

2. La présence de la FINUL ne suffit pas à atténuer les tensions et violences sur le terrain. Les combats se poursuivirent entre Chrétiens et forces syriennes à Beyrouth tandis que la situation s’aggravait dans le sud. Le leader chrétien Saad Haddad, soutenu par Israël, déclara l’indépendance d’un territoire de 800 kilomètres carrés peuplé de 40.000 Chrétiens et Chiites. En avril 1981, en représailles au bombardement palestinien des enclaves chrétiennes du Sud Liban, Israël bombarda les villes de Tyr et Sidon. Les Palestiniens lancèrent à leur tour des attaques à la roquette sur le nord de la Galilée. La FINUL fut incapable d’arrêter le massacre de centaines de personnes consécutif à ces violences.

Réalisations

3. A la fin de l’année 1981, à l’âge de 33 ans, Sergio Vieira de Mello fut détaché par le HCR auprès de la FINUL comme Conseiller Politique Spécial. Sa vaste expérience des opérations humanitaires permit à Sergio de s’initier à la politique à l’ONU. Cette partie de sa carrière, au fil du temps, allait le préparer à utiliser pleinement ses talents de diplomate ainsi que son goût pour le dialogue et la réconciliation. Il servit comme Conseiller Politique Spécial du Général Callaghan, en charge à ce moment là de la FINUL, avec qui il construisit des liens étroits et une équipe dynamique. Ses responsabilités comprenaient la liaison entre les troupes de l’ONU et les autorités locales, l’évaluation des besoins humanitaires des populations civiles et l’administration de divers projets. Ses relations aisées avec le corps militaire lui facilitèrent grandement son travail. Comme à son habitude, il se révéla remarquable et gagna l’appréciation et l’admiration de l’ONU, des autorités et des communautés locales. La FINUL se servit de sa personnalité communicative, de son charisme et de son pouvoir de persuasion pour mener à bien sa difficile mission. Sergio sut cultiver le dialogue afin d’obtenir compréhension et coopération de la part des acteurs du conflit.

4. La FINUL avait pour principale mission de maintenir la paix et la sécurité dans la région. Pourtant elle n’a jamais eu le mandat ou les moyens de s’imposer. C’est ainsi que la mission, à l’origine fondée sur de grands espoirs, s’est soldée par un échec. Le comble de cet échec fut atteint en juin 1982, lorsqu’Israël décida d’éliminer une fois pour toutes la présence militaire palestinienne au Liban en chassant Yasser Arafat et les 15.000 combattants de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP). Israël repoussa les combattants jusqu’à Beyrouth. A la fin de l’année 1982, ces attaques violentes, paradoxalement nommées “Opération Paix en Galilée”, avaient fait des milliers de victimes, notamment lors du massacre des réfugiés des camps de Sabra et Chatila. Sergio ne put contenir son indignation et exprima longtemps sa colère devant ces meurtres insensés de réfugiés innocents, commis en toute impunité. Néanmoins, le général Callaghan et lui n’ont cessé à aucun moment de travailler en étroite collaboration avec toutes les parties en conflit, y compris avec l’OLP et Israël.

5. La mission au Liban posa à Sergio la question du rôle et de l’impact du maintien de la paix par l’ONU. D’une part, il l’approuvait et s’identifiait à ses principes : « Chaque opération de maintien de la paix a son ensemble propre de tâches, mais toutes partagent l’objectif commun d’atténuer les souffrances humaines et de créer les conditions et institutions d’auto-maintien de la paix ». D’autre part, il s’interrogeait sur les raisons pour lesquelles la FINUL n’avait pu s’acquitter de sa mission. Ne s’épargnant pas lui-même, il se demandait s’il n’aurait pas pu agir différemment. Au final, l’histoire restera seule juge, mais elle retiendra que Sergio et la FINUL ont fait de leur mieux, avec les moyens dont ils disposaient à l’époque, pour protéger et sauver les vies d’innocents civils, prisonniers du conflit.

1983 – 1985

Chef Adjoint du Personnel, UNHCR, Genève, 1983-1985

• Le problème des réfugiés devint le premier défi du monde contemporain
• Des réfugiés cambodgiens et vietnamiens bloqués dans les camps, en situation de vide-juridique (« palestinisation »)
• Le rapatriement volontaire des réfugiés est considéré comme la solution idéale à la résolution durable de leurs problèmes

Le HCR au milieu des années 1980

1. Le mandat du Haut Commissaire Poul Hartling se termina en 1985 après huit ans de bons et loyaux services. C’est grâce à lui, entre autres, que le HCR remporta, pour la seconde fois, le Prix Nobel de la paix en reconnaissance de sa gestion de la crise des réfugiés vietnamiens et pour son implication dans des opérations majeures telles que celles concernant les réfugiés cambodgiens et afghans. Le mandat de Poul Hartling aura surtout marqué les esprits par l’acceptation générale du problème des réfugiés comme l’un des principaux défis auxquels était confronté le monde contemporain.

2. Au milieu des années quatre-vingt, le HCR dut faire face à un dilemme peu enviable, concernant en particulier les pays d’asile. D’une part, le mandat de l’organisation lui permettait dorénavant de s’assurer que les réfugiés n’étaient pas expulsés dans des pays où ils avaient à craindre pour leur liberté et leur vie. D’autre part, l’organisation s’est retrouvée avec la responsabilité de millions de réfugiés installés dans des camps, les gouvernements d’accueil refusant leur intégration totale au sein de leur territoire en raison des coûts élevés que cela représentait. Plusieurs exemples de cas de réfugiés bloqués dans des vides juridiques, ironiquement connus sous le nom de « Palestinisation », pourraient être cités. Des dizaines de milliers de réfugiés cambodgiens sont restés bloqués pendant des années dans les camps de l’ONU à la frontière thaïlandaise. Dix ans après la fin de la guerre du Vietnam, des situations similaires persistaient. En Amérique centrale, un grand nombre de nicaraguayens, de salvadoriens et de mayas du Guatemala étaient immobilisés dans les pays voisins en attente d’une solution politique qui leur permette de rentrer chez eux.

3. Reconnaissant le fait que les solutions traditionnelles d’intégration locale ou de réinstallation dans des pays tiers n’étaient plus possibles dans les situations où l’organisation devait faire face à un nombre élevé de réfugiés et où les pays hôtes n’étaient plus enclins à octroyer la réinstallation, le HCR institutionnalisa le rapatriement librement consenti comme pilier de sa politique de solution durable pour les réfugiés. Ayant pleinement conscience des incidences budgétaires, il restait néanmoins convaincu que c’était la meilleure solution pour répondre à la souffrance des nombreux réfugiés du monde. En conséquence, l’organisation relégua la réinsertion locale et la réinstallation dans des pays tiers comme solutions de secours, ce qui eut un effet important sur le personnel et son moral. Cela exerça une pression énorme sur la Division du Personnel qui répondait aux besoins sur le terrain par le déploiement rapide de personnel avec l’appui nécessaire. La Division du Personnel était aussi chargée de maintenir le moral des collaborateurs en restant constamment à leur écoute.

Réalisations

4. À son retour de mission de la FINUL (Liban), où il servit en tant que Conseiller Politique Spécial, Sergio Vieira de Mello fut nommé par le Haut Commissaire Poul Hartling au poste de Chef Adjoint du Personnel. Il a brièvement côtoyé le Chef du Personnel de l’époque, l’ancien Secrétaire Général Kofi Annan. La transition entre son travail politique au Liban et la gestion du personnel du HCR lui apparut au départ peu attrayante. Kofi Asomani était alors chef de son programme de développement de carrière et de formation : « Il n’avait pas d’autre choix que de revenir dans l’organisation par cette voie ». Mais la personnalité de Sergio lui permit de s’adapter rapidement et d’apporter en fin de compte d’importantes contributions, même s’il ne se trouvait pas dans son élément. La Division du Personnel couvrait l’administration des ressources humaines : recrutement, nominations, affectations, développement de carrière et formation. Déjà familiarisé avec la plupart des fonctions principales de la Division grâce à sa précédente fonction de Chef du Développement de Carrière, il se concentra sur les nouveaux défis consistant à faire de la division le point de contact pour les demandes de soutien émanant du terrain. L’une des réalisations principales de Sergio et de la division opérationnelle du HCR, représentée par l’Unité d’urgence, fut de renforcer l’efficacité du système de déploiement rapide du personnel sur le terrain en situation d’urgence. Cela contribua grandement à gagner respect et crédibilité pour l’organisation, en particulier auprès des donateurs.

5. L’expansion rapide des opérations du HCR repoussa les limites de ses capacités ce qui exerça une pression considérable sur le personnel, le conduisant souvent à des frustrations et des critiques envers l’organisation. Il fut alors d’autant plus nécessaire de soutenir le moral du personnel et c’est pourquoi Sergio s’efforça de maintenir des liens étroits avec le personnel surmené sur le terrain et celui du siège du HCR à Genève. En raison de sa personnalité ouverte, le personnel le trouva facilement accessible et prêt à les écouter. Il lui faisait confiance. Il consacra beaucoup de temps à dialoguer régulièrement avec le personnel et à le conseiller, avec l’aide de son adjoint chargé du recrutement Jahanshah Assadi qui le protégeait du nombre écrasant de demandes d’emploi et de faveurs. Il était connu que Sergio avait pour habitude de ne jamais quitter le bureau sans avoir répondu à tous les appels manqués de la journée. La manière qu’avait Sergio d’exercer ses fonctions dans ce poste lui fit gagner l’appréciation et la gratitude d’un grand nombre de collaborateurs au HCR auxquels il manquera éternellement. Werner Blatter, ancien haut fonctionnaire du HCR, qui reprit à Sergio le poste de Chef Adjoint du Personnel en 1985 et fut ensuite son adjoint lorsqu’il était Directeur des Affaires Extérieures, est très élogieux quant au travail de Sergio et à l’efficacité du transfert des responsabilités.

1986 – 1988

Chef de Cabinet et Secrétaire du Comité exécutif, UNHCR, Genève, 1986-1988

• Nouveau Haut Commissaire à la tête du HCR
• Soutien plus efficace du droit humanitaire
• Apport de nouvelles solutions aux problèmes des réfugiés et encouragement du personnel à assumer de plus grandes responsabilités
• Encourager le rapatriement, ainsi que le recours à l’intervention préventive dans les pays où une crise pourrait provoquer l’exode de réfugiés
• Bon vouloir des pays et des gouvernements
• Lancement de la Conférence Internationale sur les Refugiés d’Amérique Centrale(CIREFCA)

Le HCR dans la deuxième partie des années quatre-vingt

1. Jean-Pierre Hocke, originaire de Suisse, est élu Haut Commissaire début 1986 après le départ de Poul Hartling. Il était auparavant Directeur des Opérations auprès du Comité International de la Croix-Rouge (CICR). Au cours de son mandat, la crise des réfugiés indochinois se poursuit. Le Plan d’Action Global (CPA) est lancé simultanément. Il a permis à la communauté internationale de résoudre le problème des « boat people » vietnamiens qui débuta à la fin de la guerre en 1975. Jean-Pierre Hocke a également joué un rôle clé dans le lancement du processus de la CIREFCA en Amérique centrale, destiné à consolider la paix dans la région, en venant en aide aux rapatriés mais aussi, plus largement, aux populations touchées par la guerre. Durant son mandat, le HCR a joué un rôle important dans la mise en place de camps importants destinés à recueillir les réfugiés éthiopiens au Soudan et les réfugiés somaliens en Ethiopie.

2. Le but de Jean-Pierre Hocke était de stimuler la bureaucratie des Nations Unies en introduisant de nouvelles idées et en recrutant de jeunes talents à l’extérieur et au sein de l’organisation. Il mit en place des solutions innovantes et de nouvelles structures plus horizontales pour motiver et encourager le personnel à prendre des responsabilités. Il chercha à promouvoir le rapatriement, et aussi à intervenir préventivement dans les pays où des tensions pouvaient conduire à une crise de réfugiés.

3. Grâce à ses solides références en matière d’opérations humanitaires et de défense des droits de l’homme et à sa gestion énergique des problèmes, Jean-Pierre Hocke reçut le soutien du HCR et des donateurs. La lune de miel dura longtemps. La direction du HCR accorda sa confiance au Comité Exécutif, renforçant ainsi les liens avec les diplomates responsables du soutien à l’organisation à Genève. Kofi Asomani assumait alors les fonctions de Chef du Secrétariat du Comité Exécutif, sous la responsabilité de Sergio.

4. Toutefois, les résultats satisfaisants du HCR et le succès de ses opérations sur le terrain, qui avaient été motivants et encourageants pour la jeune génération (celle de Sergio), devaient bientôt céder la place à une détérioration du climat au sein de l’organisation. Certaines réformes du nouveau Haut Commissaire donnèrent lieu à des critiques, des interrogations et des commentaires négatifs de la part des gouvernements, de l’administration des Nations Unies et des médias. Jean-Pierre Hocke démissionna finalement après quatre ans. Son départ précipité du HCR créa une crise de confiance de la part des donateurs vis-à-vis de l’organisation et une crise d’identité au sein du personnel.

Réalisations

5. Dès sa prise de fonction, le nouveau Haut Commissaire nomma Sergio Vieira de Mello Chef de Cabinet et Secrétaire du Comité Exécutif du HCR, ce pour quoi il fut largement félicité. Sergio, avec quelques collègues de sa génération, rejoignit le cercle de direction de Hocke. Alors âgé de 38 ans, Sergio profita de ses fonctions pour renforcer les relations avec les diplomates chargés des questions humanitaires à Genève. Il recruta Jahanshah Asadi, qui avait déjà travaillé avec lui dans la Division du Personnel à Bangkok, pour l’assister dans le travail du Comité Exécutif. Sergio était là à son affaire, ses talents de diplomate étant mis en valeur et ses dons utilisés pour établir et maintenir les meilleures relations que le HCR n’ait jamais eues avec ses donateurs et partenaires. Cela s’est traduit par une bonne santé financière pour l’organisation.

Asadi se souvient d’une situation difficile lorsque Sergio s’adressa à lui, au bord des larmes, indigné contre le Président du Comité Exécutif qui l’accusait à tort de prendre parti dans les négociations et dans la rédaction de la résolution/conclusion du Comité Exécutif. Fidèle à sa personnalité, Sergio ne pouvait accepter cette mise en cause de son intégrité. Il confronta le Président et la question fut réglée à l’amiable.

7. D’immenses camps furent construits au Soudan pour les réfugiés éthiopiens et en Ethiopie pour les réfugiés somaliens, mais deux grandes opérations dominèrent les actions du HCR : la Namibie et l’Amérique centrale. Fidèle à son nouvel engagement en faveur de solutions durables, le HCR rapatria des dizaines de milliers de réfugiés namibiens en provenance d’Angola, à temps pour voter pour l’assemblée constituante destinée à préparer la voie à l’indépendance de leur pays. Cet exercice difficile consista à mettre en place un pont aérien géant devant être réalisé à très court terme selon l’accord conclu entre la South West Africa People’s Organization (SWAPO), les forces cubaines soutenant le mouvement de libération de la Namibie et la puissance d’occupation, l’Afrique du Sud. Sergio dédia une grande partie de son temps aux rencontres diplomatiques pour soutenir le Haut Commissaire dans son dialogue entre les parties en conflit en vue de trouver la meilleure solution pour les réfugiés.

8. En Mai 1989, le HCR organisa avec succès une Conférence Internationale des Réfugiés en Amérique Centrale (Conferencia internacional sobre Refugiados Centroamericanos ou CIREFCA) qui réunit les gouvernements de la région, les donateurs, les organismes humanitaires et les ONGs. Le but de la conférence était d’examiner différents programmes destinés à créer des conditions appropriées pour le rapatriement volontaire des réfugiés ayant vécu pendant des années dans des pays d’asile. Les donateurs potentiels reçurent des descriptifs de projets d’urgence et à long terme de développement dans les pays d’origine des réfugiés. Ces projets furent élaborés à la suite de pourparlers entre les gouvernements et les rebelles, sous l’égide de l’ONU et de l’Organisation des États Américains (OEA). Quelques années plus tard, la plupart des réfugiés avaient regagné leur pays d’origine. Sergio avait apporté ses conseils et son soutien à Leonardo Franco en charge de la planification et de l’organisation de la conférence. Le dialogue entre les gouvernements concernés et les groupes rebelles déboucha sur des accords de paix et des solutions durables pour les réfugiés en Amérique Centrale.

1988 – 1990

Directeur du Bureau Asie, UNHCR, Genève, 1988-1990

• Situations désespérées des réfugiés en Asie du Sud Est
• Conférence Internationale de Genève sur les Réfugiés Indochinois
• Lancement du Plan d’Action Global (CPA)

Le HCR à la fin des années quatre-vingt

1. Thorvald Stoltenberg, Ministre des Affaires Etrangères de Norvège, fut nommé Haut Commissaire pour les réfugiés en janvier 1990 pour combler le vide laissé par le départ soudain de Jean-Pierre Hocke. Son court mandat marqua le début d’une plus grande participation du HCR dans les grandes opérations de paix des Nations Unies. Il supervisa plusieurs opérations de rapatriement, en particulier en Amérique centrale. Il démissionna en novembre 1990 pour reprendre son poste de Ministre des Affaires Etrangères de Norvège. En mai 1993, au plus fort de la guerre en Bosnie, Stoltenberg est revenu à l’Organisation des Nations Unies en tant que Représentant Spécial du Secrétaire Général pour l’ex-Yougoslavie.

2. La situation des réfugiés vietnamiens (boat people) bloqués depuis plus de dix ans dans plusieurs pays d’Asie du Sud Est devint une préoccupation majeure pour le HCR. Avant de démissionner, le Haut Commissaire Jean-Pierre Hocke et son équipe dirigée par Sergio Vieira de Mello, alors Directeur du Bureau Asie, planifièrent une Conférence Internationale sur les Réfugiés Indochinois qui s’est tenue à Genève, en juin 1989, sous les auspices du Secrétaire Général Perez de Cuellar. Cette conférence visait à parvenir à un accord sur une nouvelle approche globale du problème des réfugiés vietnamiens (boat people). Réfugiés et demandeurs d’asile en provenance du Laos furent inclus dans l’ordre du jour, mais la conférence n’aborda pas la question des réfugiés et des personnes déplacées du Cambodge. La conférence, à laquelle participèrent à un haut niveau les principaux gouvernements, donateurs, agences onusiennes et ONGs, fut conduite par le Secrétaire Général et le Haut Commissaire Jean-Pierre Hocke.

Réalisations

3. L’un des principaux résultats de la Conférence de Genève de juin 1989, fut l’adoption d’un Plan d’Action Global (CPA). Le CPA a été conçu personnellement par Sergio qui avait été nommé Directeur du Bureau de l’Asie en mai 1988 par le Haut Commissaire Hocke. Le CPA établit de « nouvelles règles du jeu» afin de mettre un terme à l’exode des Boat People qui durait depuis plus de 14 ans. Une certaine lassitude s’était créée dans la plupart des pays d’accueil obligeant les Boat People à vivre, la plupart du temps, dans des conditions inhumaines dans divers camps d’Asie du Sud Est. L’idée de Sergio fut d’inviter autour d’une même table tous les protagonistes du drame: les principaux pays de réinstallation (États-Unis, Canada, Australie, Royaume-Uni et pays nordiques, entre autres), les pays de premier asile d’Asie du Sud Est (Philippines, Thaïlande, Hong Kong et Malaisie) et le pays d’origine : le Vietnam. Au milieu des années quatre-vingt, Sergio fut un précurseur en invitant les États-Unis et le Vietnam à s’asseoir à la même table.

4. Le but du CPA était de stopper l’exode en définissant le statut de cas individuel et les directives précises sur le départ clandestin. L’option du rapatriement a été introduite au sein du CPA pour les « Boat People » non reconnus comme réfugiés (ceux n’ayant pas obtenu le statut de cas individuel). Cette “nouvelle” solution durable fut acceptée par toutes les parties concernées, car les rapatriés qui étaient en fait des migrants économiques, se voyaient attribuer des aides pécuniaires. Le HCR mit en place un mécanisme de surveillance au Vietnam devant durer jusqu’à la fin du CPA. En résumé, le CPA mit la Conférence internationale au défit de parvenir à élaborer un nouvel ensemble de dispositions visant à préserver les principes fondamentaux de protection des réfugiés en tenant compte des préoccupations des pays de premier asile, d’origine et de réinstallation. Ces dispositions furent adoptées à l’unanimité, ce qui renforça le mandat du HCR. Ce mécanisme fut le premier à être élaboré par le HCR combinant ainsi son mandat de protection avec une assistance matérielle aux réfugiés.

5. Bien que le CPA ait réussi à réduire considérablement le nombre de « boat people » dans les camps d’Asie du Sud Est, son fonctionnement commença à présenter des signes de faiblesse en 1995. La détermination du statut dans l’un des pays de premier asile fut mis en doute par certains des principaux pays de réinstallation. Le nouveau Haut Commissaire, Sadako Ogata, décida alors que le HCR devait reprendre la direction du CPA afin d’aboutir à une conclusion logique. Elle demanda à Sergio de reprendre la responsabilité du CPA, normalement assumée par le Directeur du Bureau Asie. En conséquence, Sergio présida rapidement à Singapour une importante réunion interne avec les représentants du HCR dans les pays du CPA pour planifier la fin du CPA. Elle fut suivie par une réunion à Bangkok des pays du CPA qui décidèrent des modalités et de la date de terminaison du CPA. Par conséquent, le CPA fut officiellement dissous en février 1996.

1990 – 1991

Directeur des Relations Extérieures, UNHCR, Genève 1990-1991

• Changer la nature du déplacement
• Efforts conjoints pour moderniser et améliorer les relations publiques et l’image du HCR
• Renforcement des relations avec le Comité Exécutif du HCR
• Doublement du budget du HCR et du personnel
• Début des opérations d’urgence à grande échelle

Le HCR au début des années quatre-vingt dix

1. Sadako Ogata, alors doyenne de la Faculté des études étrangères à l’Université Sophia de Tokyo, Japon, fut nommée Haut Commissaire en décembre 1990 en remplacement de Thorvald Stoltenberg. Encore à l’université, Ogata occupait déjà des postes à l’ONU, en tant que Présidente du Conseil exécutif de l’UNICEF en 1978-79, en siégeant à la Commission des Nations Unies sur les droits de l’homme et à la Commission indépendante des experts sur la situation des droits de l’homme en Birmanie (Myanmar). Par la suite, en tant que Haut Commissaire, elle supervisa des opérations d’urgence à grande échelle en Iraq, Bosnie-Herzégovine, au Kosovo et dans la région des Grands Lacs. Le budget du HCR et du personnel avait plus que doublé au cours de son mandat et l’organisation avait amélioré son aptitude à aider les personnes déplacées et autres groupes vulnérables de civils dans les situations de conflit, en mettant l’accent sur la sécurité internationale pour les réfugiés. Ogata renforça également les relations entre le HCR et le Conseil de Sécurité des Nations Unies.

2. Au contraire des décennies précédentes, les années 1990 ont vu l’affaiblissement des gouvernements centraux soutenus par les superpuissances et la multiplication des conflits d’identité. La facilité d’acquisition d’armes légères et l’augmentation de leur puissance destructrice a accru les dégâts des conflits, même de faible intensité. Les avantages découlant de l’économie de guerre étaient souvent la raison principale, difficilement réversible, de perpétuer les conflits. Dans l’après-guerre froide, les guerres et les conflits ont impliqué, délibérément et à grande échelle, les populations civiles. Telle était la situation que le HCR a dû affronter dans les années quatre-vingt dix. Les opérations à grande échelle que l’organisation lança pour répondre aux grandes crises humanitaires dans le Nord de l’Irak, les Balkans, la région des Grands Lacs et en Afghanistan, représentèrent un tournant majeur dans sa capacité à s’engager dans plusieurs grandes opérations simultanément. Il en résulta une expansion rapide du rôle du HCR et des attentes de la communauté internationale à son encontre pour répondre à certains de ses plus graves dilemmes. L’organisation s’impliqua dans les conflits armés plus largement qu’auparavant et commença à opérer avec les soldats des Nations Unies de maintien de la paix et d’autres forces militaires multinationales.

Réalisations

3. Sergio Vieira de Mello fut nommé Directeur des Relations Extérieures par le Haut Commissaire Thorvald Stoltenberg en avril 1990. A sa prise de fonction, Sadako Ogata inclut Sergio dans son équipe de direction. Sa première tâche, pour laquelle il eut le soutien total du nouveau Haut Commissaire, fut de reconstruire l’image du HCR et de rétablir la confiance dans l’organisation. Charismatique et habile diplomate, Sergio joua un rôle essentiel afin que l’organisation retrouve la confiance de ses sympathisants, en particulier celle des donateurs. Le résultat en fut l’augmentation conséquente du financement du budget du HCR. Alors Directeur du Bureau de l’Europe, John Horekens rappelle que Sergio entamait toujours les contacts avec les donateurs, puis chargeait le bureau du suivi. Le HCR jouissait alors d’excellentes relations avec les donateurs et le Comité Exécutif lui accordait un appui solide.

4. Les relations délicates entre civils et militaires, devenues la caractéristique essentielle des opérations dans les principaux pays touchés par une crise humanitaire, en particulier le Nord de l’Irak et les Balkans, exigèrent du Haut Commissaire et du HCR une extrême prudence. Afin de s’acquitter au mieux de son mandat envers les réfugiés dans ces situations difficiles, l’organisation fit appel à Sergio pour instaurer, grâce à son sens aigu de la diplomatie, les stratégies adéquates. Sergio fut constamment au centre des pourparlers délicats entre Etats et acteurs non-étatiques, ainsi que militaires, que l’organisation mena en faveur des réfugiés.

En tant que Directeur des Relations Extérieures, Sergio fut témoin du début de l’ère des grandes opérations du HCR, à commencer par le Nord de l’Iraq et les Balkans.Sergio joua un rôle majeur dans la réussite des rencontres de haut niveau du Haut Commissaire et de ses missions sur le terrain. Sa diplomatie raffinée, son pouvoir de persuasion et son large réseau d’amis et alliés ont constitué un réel atout pour l’organisation.

1991 – 1993

Directeur des Opérations pour le Rapatriement et la Réinstallation, APRONUC, DOMP, et Envoyé Spécial du Haut Commissaire pour les Réfugiés Sadako Ogata, Phnom Penh, Cambodge 1991-1993

• Guerre civile dévastatrice
• Plus de 1 million de tués
• Plusieurs centaines de milliers de personnes ont fui le pays
• 200.000 orphelins abandonnés à eux-mêmes
• 370.000 réfugiés rapatriés et réintégrés dans leur pays d’origine
• Succès des négociations avec les Khmers rouges
• Obtention de l’accord de Washington pour la réinstallation aux Etats-Unis de 385 réfugiés vietnamiens du Cambodge

Situation au Cambodge au début des années quatre-vingt dix

1. En 1975, les Khmers Rouges prirent le pouvoir au Cambodge et imposèrent l’un des régimes les plus oppressifs de l’histoire de l’humanité. Répandant la terreur dans le pays, ils tuèrent plus d’un million de personnes, mutilant et déplaçant des centaines de milliers de civils innocents qui, pour la plupart d’entre eux, se réfugièrent dans les pays voisins. Plus de 200.000 orphelins furent livrés à eux-mêmes. Ce chapitre de l’histoire du Cambodge est considéré comme l’un des pires crimes jamais commis contre l’humanité au XXe siècle. Ce règne de terreur ne s’est terminé que lorsque les Vietnamiens ont envahi le pays en 1978 et mis le régime en déroute. Il aura fallu douze ans aux cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies pour créer une Administration transitoire des Nations Unies au Cambodge (APRONUC), en novembre 1990. C’était la seule solution acceptable pour que les forces étrangères se retirent du pays, que la paix soit rétablie et que le Cambodge et son peuple, anéantis par des années de guerre, puissent recevoir une aide internationale massive pour leur reconstruction et leur développement.

2. Le 23 octobre 1991, après une série de réunions de haut niveau des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité, l’Accord de paix de Paris réunissant toutes les parties du conflit cambodgien a été conclu. Il fut suivi peu après par la nomination de Yasushi Akashi en tant que Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies pour le Cambodge et par le lancement de l’APRONUC. L’APRONUC était organisé selon sept structures: militaire, droits de l’homme, élections, administration civile, droit et ordre, réhabilitation et rapatriement, et réinstallation des réfugiés et des personnes déplacées.

Réalisations

3. Sergio Vieira de Mello, qui était alors Directeur des Relations Extérieures au Siège de l’ACNUR à Genève, fut transféré à Phnom Penh en tant que Directeur des Opérations de l’APRONUC pour le rapatriement et la réinstallation des réfugiés et des personnes déplacées au Cambodge et en Thaïlande. Sadako Ogata, Haut Commissaire pour les réfugiés, le désigna, en même temps, comme son Représentant Spécial au Cambodge. Son collègue et ami Anne Willem Bijleveld le rejoignit comme Directeur Adjoint pour le rapatriement.

4. Le principal défi que Sergio a relevé dans le cadre de ses responsabilités à Phnom Penh fut de superviser le rapatriement, le retour et la réinstallation de centaines de milliers de réfugiés, de préférence dans leur pays d’origine. Pour s’acquitter de cette tâche complexe, il dut affronter des problèmes énormes de logistique, de sécurité, de mines anti-personnel, sans parler du scepticisme et de l’impatience des réfugiés eux-mêmes. Tous les déplacés cambodgiens voulaient être rapatriés dans leur village, ce qui n’a pas toujours été évident. La plupart d’entre eux voulait voyager avec tous leurs biens, y compris les animaux domestiques, ce qui était difficile à réaliser. En outre, la fragilité de l’accord n’a pas permis un cessez-le-feu total immédiat, ce qui a contraint Sergio à négocier en permanence, avec les différentes factions, des concessions pour les accès à leurs villages. La partie la plus ardue de sa mission fut de négocier directement avec les Khmers Rouges, connus pour leur intransigeance.

5. Sergio termina avec succès sa mission au Cambodge en juin 1993, après le rapatriement et la réinstallation de 370.000 réfugiés et de centaines de milliers de personnes déplacées. Pour ce faire, il utilisa ses pouvoirs de séduction et de persuasion pour négocier avec les réfugiés et ses propres fonctionnaires le rapatriement et la réinstallation des rapatriés et des personnes déplacées dans leurs villages d’origine. Il déploya également des efforts exceptionnels pour les transporter, autant que possible, avec leurs biens. Contre l’avis de ses collègues et supérieurs, il mena seul des négociations directes avec les Khmers Rouges sur leur propre territoire. Ce qui conduit les Khmers Rouges à libérer des milliers de réfugiés pour les rapatrier dans leur pays, dans l’endroit de leur choix. Il répondit alors aux critiques en disant: « J’ai serré la main de nombreux criminels de guerre, parce que si vous voulez des résultats, vous devez négocier avec le diable. Si vous voulez voir 75.000 réfugiés cambodgiens rentrer chez eux librement, vous devez faire face à Leng Sary » (ancien chef de la diplomatie et beau-frère de Pol Pot).

6. La meilleure image de Sergio en tant que négociateur et habile diplomate, est probablement donnée par son succès à convaincre des soldats vietnamiens égarés (engagés auparavant par les Américains pour combattre au Cambodge), à rendre leurs armes et partir dans un camp de réfugiés. Il négocia ensuite avec les Américains le regroupement familial aux Etats-Unis de 385 combattants et leur famille. Les descendants de ces vietnamiens chanceux doivent beaucoup à Sergio pour ce qu’il a accompli en faveur de leurs parents et familles.

1993 – 1994

Directeur des Affaires Politiques, FORPRONU, DPKO, Sarajevo, Bosnie-Herzégovine 1993-1994

• Implosion de la Yougoslavie en conflits multi-ethniques, avec pour conséquence des massacres et des déplacements massifs
• 200.000 civils innocents tués, 286.000 réfugiés et plusieurs centaines de personnes déplacées
• Principales villes assiégées et détruites
• La Yougoslavie désintégrée en États indépendants – Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine et Kosovo

Situation dans les Balkans au début des années quatre-vingt dix

1. Depuis les deux guerres mondiales, les Balkans ont toujours été à l’origine de conflits dévastateurs. Ce fut donc un soulagement pour tous lorsque, en 1945, après la Deuxième Guerre mondiale, l’ex-Président de la Yougoslavie, Josip Tito Bros réussit à contrôler les différents États indépendants et créer la République démocratique de Yougoslavie. La situation a changé radicalement après sa mort le 4 mai 1980. La Slovénie et la Croatie déclarèrent leur indépendance le 25 juin 1991. En octobre 1991, l’armée fédérale yougoslave, composée essentiellement de Serbes et de Monténégrins, assiégea et bombarda Dubrovnik, en Croatie. Vukovar, symbole de la résistance croate, tomba le 19 novembre. L’exemple le plus frappant des atrocités commises par les troupes fédérales et paramilitaires serbes fur l’impitoyable massacre de civils blessés qui avaient été évacués de l’hôpital. Ce fut le début d’une spirale aboutissant à des effusions de sang insensées qui embrasèrent l’ensemble des Balkans, en particulier la Slovénie et la Croatie en 1991, la Bosnie en 1992 et le Kosovo en 1998.

2. En 1992, le Conseil de Sécurité des Nations unies créa la Force de Protection des Nations Unies (FORPRONU) à Zagreb, en Croatie, avec pour mandat, dans un premier temps, de créer des conditions propices à la paix et la sécurité dans le but d’engager des négociations pour le règlement global du conflit yougoslave. Il s’agissait notamment de démilitariser les trois « zones protégées » des Nations unies et de protéger leurs habitants contre le harcèlement et l’intimidation des éléments armés. En avril 1992, lorsque la guerre éclata en Bosnie, la FORPRONU était déjà sur le terrain. Ses effectifs furent augmentés pour protéger l’aéroport de Sarajevo et assurer l’acheminement de l’aide humanitaire à la ville assiégée et ses environs. En septembre 1992, le mandat de la FORPRONU fut élargi pour aider le HCR à fournir une assistance humanitaire à travers la Bosnie-Herzégovine et protéger les convois de civils libérés. La FORPRONU fut uniquement chargée, en vertu du Chapitre VII, de répondre, en collaboration avec l’OTAN, aux attaques contre les «zones de sécurité » définies par l’ONU : Sarajevo, Bihac, Tuzla, Zepa, Srebrenica et Gorazde.

Réalisations

3. Sur le point de quitter le Cambodge, Sergio Vieira de Mello se réjouissait de sa prochaine mission. En effet, le Secrétaire Général des Nations Unies Boutros Boutros Ghali lui avait offert une mission à un poste élevé en Angola, ce qu’il avait immédiatement accepté. Cependant, en raison de sa nationalité, cette mission ne fut pas possible. Déçu mais discipliné comme il l’a toujours été, il accepta son détachement auprès de la FORPRONU en tant que Directeur Politique. Il arriva à Sarajevo début octobre 1993 avec quelques inquiétudes qui cédèrent bientôt la place à l’enthousiasme généré par son dynamisme, son engagement, son sens du devoir et des responsabilités. Il était pleinement conscient de l’ampleur de sa tâche qui consistait, dans un environnement décrit comme un bourbier, à apporter orientations politiques et soutien à la force de l’ONU composée de plus de 45.000 personnes.

4. Sarajevo était assiégée par l’artillerie serbe. Les bombardements constants et les tireurs isolés incontrôlables qui ont valu à la ville le surnom de “Sniper’s Paradise”, transformèrent les civils en cibles faciles. Ils durent non seulement subir les bombardements qui multipliaient les victimes, mais également se voir privés de nourriture, d’eau, de chauffage et d’accès sécurisé aux hôpitaux. Sergio était convaincu que la seule façon de sortir de l’impasse était de négocier directement avec les Serbes, ce dont il prit la responsabilité. Se fiant à son jugement, son sens de la diplomatie, son courage, il osa engager un dialogue de fonds avec les Serbes qui engendra un changement bienvenu dans la vie des Bosniaques assiégés.

5. Sergio avait convaincu les Serbes d’autoriser l’évacuation des blessés vers les hôpitaux et hors de la Bosnie-Herzégovine. Il négocia le cessez-le-feu entre les Serbes et les Bosniaques, qui fut malgré tout violé de temps à autre. Au plus fort de l’hiver, il négocia le rétablissement du gaz pour chauffer les maisons de Sarajevo. Sa position à la tête des affaires politiques permit à Sergio d’utiliser ses talents de diplomate et son charme personnel pour cimenter les relations entre militaires et civils. Fidèle à ses convictions de respect des droits de l’homme et de justice pour tous, Sergio apporta son aide et son soutien au juge sud-africain Richard Goldstone, alors membre du Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), dans ses contacts préliminaires et ses négociations avec les dirigeants serbes et bosniaques en vue de la création officielle du tribunal. Sergio fut ensuite transféré de Bosnie-Herzégovine au siège du HCR à Genève pour assumer les fonctions de Directeur des Opérations.

1994 – 1996

Directeur des Opérations et de la Planification, UNHCR, Genève 1994-1996

• Plusieurs grandes opérations, dont la gestion du génocide rwandais sur le terrain
• Conférence sur les Réfugiés et les Mouvements de Population dans la Communauté des États Indépendants (CEI)

Le HCR au milieu des années quatre-vingt-dix

1. Le génocide rwandais d’avril 1994 provoqua une fuite massive de populations vers le Zaïre et les pays voisins. Bien que les finances du HCR se soient améliorées, l’organisation n’a pas été en mesure de mobiliser les ressources adéquates pour répondre efficacement à cette immense tragédie humaine. Il fallut que le Haut Commissaire et son équipe, dirigée par Sergio Vieira de Mello, alors Directeur des Opérations et de la Planification, parviennent à convaincre les donateurs des besoins importants de l’opération au cours de la Réunion du Groupe de Travail au plus haut niveau (GTHN) qui s’est tenue à Genève en juillet 1994. Pour rester sur sa lancée, le HCR s’est résolu à se limiter à ses réserves en personnel, fournitures et matériel. L’organisation dut agir rapidement pour assurer la protection et l’aide aux nombreux réfugiés rwandais à l’Est du Zaïre. Malgré tous les obstacles, notamment l’insécurité des réfugiés et des personnes déplacées, l’organisation s’acquitta correctement de ses responsabilités.

2. Durant une longue guerre, l’Afghanistan produisit le plus grand et le plus long exode de réfugiés que le monde ait connu. Le défi rencontré par le HCR était celui d’aider ces réfugiés à leur rapatriement et leur réinsertion après le retour de la paix. Quand le Haut Commissaire Sadako Ogata prit ses fonctions à la fin de 1990, il y avait plus de six millions de réfugiés afghans, pour la plupart au Pakistan et en Iran. Quand elle quitta ses fonctions en 2000, il y avait encore près de trois millions de réfugiés et de nombreuses autres personnes déplacées à l’intérieur du pays. La prise de pouvoir à Kaboul par les Talibans inaugura une ère de répression sévère pour les Afghans, en privant hommes et femmes de leurs droits fondamentaux. Ce sombre tableau obligea le HCR à accroître ses moyens pour répondre aux besoins des réfugiés et des personnes déplacées.

3. L’éclatement de l’Union soviétique en décembre 1991, déclencha des mouvements massifs de population dans les pays qui ont par la suite formé la Communauté des États Indépendants (CEI). Les conflits inter-ethniques non résolus firent à nouveau surface, avec des conséquences dévastatrices. La délimitation de nouvelles frontières écarta des millions de Russes et d’autres ethnies de leur « patrie ».
Beaucoup cherchèrent à rentrer chez eux et c’est alors que se posa le problème complexe de la citoyenneté. Certains, déportés dans les années 1940, furent finalement en mesure de retourner dans leur région d’origine, et de nouveaux afflux de réfugiés et de demandeurs d’asile arrivèrent de plus loin. Au cours de cette décennie, on estima que près de neuf millions de personnes se déplacèrent, en grande partie à la suite de bouleversements politiques, ce qui en fit le plus grand mouvement de personnes dans la région depuis 1945. Le défi particulier pour le HCR fut d’affronter le problème de la migration des populations entre les républiques nouvellement créées. John Horekens, alors Directeur du Bureau de l’Europe, travailla en étroite collaboration avec Sergio à la planification et la préparation de la Conférence sur la CEI.

Réalisations

4. Après avoir achevé sa mission en ex-Yougoslavie, Sergio accepta le poste de Directeur des Opérations et de la Planification qui lui était offert par le Haut Commissaire Ogata, directement sous sa direction. Il s’agissait d’un nouveau poste avec des responsabilités de contrôle sur tous les bureaux régionaux du HCR et donc sur toutes les opérations sur le terrain. À ce poste, en termes opérationnels, Sergio était l’adjoint direct du Haut Commissaire qui lui accordait toute sa confiance pour développer les stratégies et les moyens diplomatiques afin de faire face à la crise complexe des réfugiés dans la région des Grands Lacs, en particulier pour la négociation de l’accès sécurisé et des mesures d’assistance pour les réfugiés bloqués dans la région. Le dialogue avec les gouvernements de la région ainsi qu’avec les armées rebelles avec lesquelles le Haut Commissaire fut en relations étroites, fut dans une grande mesure la responsabilité de Sergio. Il utilisa ses nombreux contacts et ses compétences diplomatiques pour accomplir au mieux un travail approfondi sur le terrain en vue d’assurer le succès des négociations et parvenir à des accords.

5. Bien que préoccupée par la crise dans la région des Grands Lacs, l’organisation du HCR continua de s’occuper activement de la protection et de l’assistance aux réfugiés afghans au Pakistan et en Iran. Toutefois, son plan de rapatriement et de réinsertion était rendu plus difficile par l’intransigeance des Talibans. Avec le soutien efficace de Sergio, le Haut Commissaire investit beaucoup de temps dans les négociations notablement fructueuses avec les Talibans pour obtenir l’accès et des concessions pour les réfugiés.

6. En 1996, Sergio, en étroite collaboration avec John Horekens, alors Directeur du Bureau Europe, dirigea la planification et l’organisation d’une Conférence régionale pour examiner les problèmes des réfugiés et des personnes déplacées dans la CEI, en réunissant exceptionnellement des organismes internationaux tels que le HCR, l’OIM et la section des Droits de l’Homme de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe. La conférence s’est tenue à Genève les 30 et 31 mai 1996. Elle a été inaugurée par un discours du Secrétaire Général de l’ONU, M. Boutros Boutros-Ghali. Le Haut Commissaire Sadako Ogata et 60 représentants nationaux de haut niveau prirent également la parole au cours de la conférence. Participaient également, à un niveau élevé, les 12 pays de la CEI, 70 autres Etats concernés, 30 organisations internationales et 77 ONG internationales et nationales. La conférence adopta un Programme d’Action historique qui établit les bases d’un forum régional fiable pour les pays de la région destiné à discuter des problèmes de déplacements de population dans un climat humanitaire et non politique. Ce programme définissait également les mouvements de population dans les pays de la CEI, en établissant les priorités et les directives pour les contrôler et les gérer.

7. Comme il avait géré le CPA, Sergio réussit à rassembler tous les protagonistes, pays de la CEI et Communauté internationale, autour d’une même table de négociation, en vue de concilier les divergences et de parvenir à un accord sur un plan d’action. Le Haut Commissaire décrivit le Plan d’Action comme voie d’accès à un consensus international pour protéger et aider les réfugiés et personnes déplacées dans la CEI. Grâce au rôle clé de Sergio dans sa planification et son organisation, la Conférence connut un succès retentissant.

10-12 1996

Envoyé Spécial du Secrétaire Général dans la région des Grands Lacs octobre-décembre 1996

• Après le génocide, des milliers de réfugiés rwandais ont fui vers les pays voisins
• Isoler les réfugiés des éléments armés dans les camps, en particulier le long de la frontière entre le Rwanda et le Zaïre est devenu un important problème humanitaire
• Les rebelles congolais dirigés par Laurent Kabila et soutenus par le Rwanda ont attaqué les camps de réfugiés de Goma, obligeant ses occupants à fuir en forêt ou à retourner au Rwanda
• Les rebelles congolais renversent Mobutu et prennent le pouvoir à Kinshasa

Situation dans la région des Grands Lacs au milieu des années quatre-vingt-dix

1. Le génocide de 1994 au Rwanda et la prise de pouvoir par le Front patriotique dirigé par Paul Kagame a contraint des milliers de Hutus à fuir vers les pays voisins, au Zaïre, en Tanzanie et au Burundi. Des éléments rwandais hutus armés (Interahamwe) se mêlent aux réfugiés, créant un climat d’insécurité pour ces derniers. La situation se détériora encore lorsque, en mai 1996, les rebelles congolais, dirigés par Laurent Kabila et soutenus par le Rwanda, attaquèrent les camps tentaculaires de réfugiés à Goma, à l’Est du Zaïre, tuant des milliers d’innocents pour la plupart Hutus, et contraignant les réfugiés à fuir dans la forêt ou à retourner vers l’inconnu au Rwanda. Cette situation posa de très graves dilemmes moraux à la communauté humanitaire et en particulier au HCR.

2. Au milieu de l’année 1996, la situation dans la région des Grands Lacs devint extrêmement tendue. Au Burundi, il existait une tension considérable entre les Hutus et les Tutsis après l’assassinat du président Hutu et la prise de pouvoir par un Tutsi, ce qui engendra des explosions de violence au cours desquelles des milliers de personnes des deux groupes ethniques furent tuées. Environ 700.000 Hutus s’exilèrent également, principalement vers le Rwanda. Les pays voisins convoquèrent une réunion d’urgence et déclarèrent un embargo contre le Burundi. Dans la région également, les relations entre l’Ouganda et le Soudan se détériorèrent sous les accusations réciproques d’armer et de soutenir les rebelles. Dans l’Est du Zaïre, le conflit dans le Sud-Kivu se propagea vers le Nord-Kivu. Les guérilleros attaquèrent les Banyamulenge (groupe Tutsi zaïrois), rendant encore plus ardue la tâche du HCR et des autres organismes humanitaires dans les provinces du Kivu. Le HCR fut accusé par le Gouvernement rwandais et ses alliés de soutenir non pas les réfugiés, mais les auteurs et les provocateurs du génocide, le régime de Mobutu au Zaïre. De plus, le HCR subit également les critiques des réfugiés et du gouvernement zaïrois. En 1996, le HCR fit face à une situation très difficile avec les réfugiés Rwandais en Tanzanie dont on rapporta par la suite qu’ils auraient été rapatriés de force.

3. Kabila renversa Mobutu et prit le pouvoir à Kinshasa. Il rebaptisa le pays République Démocratique du Congo (RDC). Les relations politiques et militaires étroites entre le Rwanda et la RDC et l’infiltration des milices hutus dans les camps rendirent difficiles pour le HCR et les organismes partenaires l’aide et la protection aux réfugiés.

4. Le HCR et les autres organisations humanitaires se trouvèrent donc dans une situation non seulement extrêmement difficile sur le plan politique, mais aussi de plus en plus dangereuse. L’idée selon laquelle l’aide humanitaire sans action politique peut prolonger et parfois exacerber les conflits armés, s’est vérifiée par les événements qui se sont produits à l’Est du Zaïre. Ces événements contraignirent le Haut Commissaire Sadako Ogata à faire la déclaration suivante début octobre 1996: « Le lien entre les problèmes de réfugiés et la paix et la sécurité n’a été nulle part plus évident que dans la région des Grands Lacs en Afrique. Mon bureau n’a probablement jamais dû faire face à sa tâche humanitaire dans une telle confusion d’intérêts politiques meurtriers et d’insécurité. Alors que nous destinons principalement l’aide humanitaire et la protection à la majorité silencieuse et innocente des réfugiés dans le besoin, elle sert également tous ceux qui ont intérêt à maintenir le statu quo. Cela ne peut pas durer.»

Réalisations

5. Sadako Ogata fut convaincue que cette impasse ne pouvait être débloquée que par le HCR en charge des opérations humanitaires dans la région des Grands Lacs. En conséquence, elle accepta de détacher Sergio Vieira de Mello pendant deux mois pour qu’il serve de Coordinateur Humanitaire des Nations Unies dans la région des Grands Lacs.
La mission de Sergio contribua à garantir la sécurité de l’espace pour les réfugiés et l’efficacité de l’aide humanitaire grâce aux négociations avec les parties étatiques et non-étatiques. Sergio utilisa ses talents de diplomate avec succès pour promouvoir le dialogue et l’entente entre autorités, réfugiés, acteurs non-étatiques et organismes humanitaires et leurs partenaires sur le terrain. A son retour à Genève, en décembre 1996, la tension, la violence et l’insécurité qui avaient exacerbé la situation sur le terrain avaient cédé la place à des conditions acceptables pour assurer soins et protection aux réfugiés, dont la majorité était retournée au Rwanda… Bien que les réfugiés étaient rentrés chez eux en toute sécurité, certains prétendent encore aujourd’hui que ces réfugiés furent rapatriés de force. Le débat à ce sujet reste ouvert.

1996 – 1998

Assistant du Haut Commissaire pour les Réfugiés, UNHCR, Genève 1996-1998

• Détérioration de la situation dans la région des Grands Lacs
• Sous le mandat du Haut Commissaire Sadako Ogato, les Balkans deviennent un problème majeur

Le HCR à la fin des années quatre-vingt-dix

1. Vers la fin des années quatre-vingt-dix, l’organisation fit face à une situation politique très difficile due à l’aggravation des conditions de sécurité des réfugiés et de celle des personnes déplacées dans la région des Grands Lacs, ainsi qu’à la détérioration des relations entre les pays de la région et leur attitude critique envers le HCR. Ces difficultés soulignent les liens étroits existant entre le problème des réfugiés, la paix et la sécurité. Le HCR se lança alors dans un dialogue politique à un niveau élevé avec gouvernements et civils locaux en vue d’augmenter son influence pour protéger les réfugiés des risques encourus et les aider. Les Balkans et la région des Grands Lacs étaient une priorité pour le HCR qui y consacra la majeure partie de son temps, de son énergie et des ressources de l’organisation.

2. En vertu de l’Accord de Dayton qui marqua le retour de la réconciliation et la paix dans les Balkans, le HCR se vit confier une mission claire de rapatriement. Toutefois, le succès de cette mission dépendit en grande partie des termes du processus de paix et de la volonté des parties en conflit de s’y tenir. A cette époque, on estimait à 1.3 millions le nombre de personnes déplacées à l’intérieur de la Bosnie-Herzégovine et à 820.000 celui des personnes déplacées et réfugiées dans les autres républiques de l’ex-Yougoslavie. En outre, environ 700.000 personnes étaient toujours sous protection temporaire en Europe. Avec l’Accord de Dayton, le HCR prévoyait l’assistance à quelque 3 millions de personnes déplacées, tout en insistant sur l’importance du retour volontaire et organisé. Son mandat évolua radicalement de l’urgence en situation de guerre à une action de reconstruction en terrain pacifié.

Réalisations

4. Sergio Vieira de Mello fut nommé Assistant du Haut Commissaire pour les Réfugiés par le Secrétaire Général des Nations unies Kofi Annan, en janvier 1996. Le poste fut créé par le Haut Commissaire Ogata pour récompenser Sergio pour la qualité exceptionnelle de son travail au HCR. Bien que supervisant les nombreuses opérations sur le terrain, l’essentiel de ses responsabilités consistait à engager le délicat dialogue de fond avec les gouvernements, les donateurs et les partenaires afin de résoudre les problèmes, pour le personnel et les réfugiés, liés à la sécurité des déplacements et les accès. La situation complexe dans la région des Grands Lacs contraignit le Haut Commissaire Ogata à accepter le détachement de Sergio auprès de l’ONU pour servir, pendant deux mois, en qualité de Représentant Spécial du Secrétaire Général dans la région. A ce poste et en tant que numéro trois du HCR, Sergio joua un rôle majeur dans la conduite difficile des négociations avec les gouvernements locaux qui aboutirent au rapatriement de la majorité des réfugiés rwandais dans leur patrie. Pour mener à bien ses négociations diplomatiques dans la région des Grands Lacs et dans les Balkans, Sergio put compter sur le travail de préparation efficace de François Fouinat, alors Chef de Cabinet, et de son équipe.

5. La crise des Balkans est considérée par le HCR comme l’une de ses opérations majeures sous le mandat du Haut Commissaire Sadako Ogata. Deux éléments la caractérisent: le premier fut la protection totale de toutes les catégories de personnes ayant besoin d’aide (réfugiés, personnes déplacées et civils), le deuxième fut la mobilisation générale en vue de leur retour et de leur rapatriement. Comme la déclaration du Haut Commissaire le souligna: “Depuis près d’une décennie, notre travail dans les pays des Balkans déchirés par la guerre a permis de sauver d’innombrables vies et d’atténuer les souffrances humaines. Nous nous sommes efforcés de mettre au point de nouvelles approches et de nouvelles innovations destinées à répondre à de nouvelles situations. Nous avons souvent dû faire face à des problèmes insolubles pour nous à l’époque. Notre rôle humanitaire réussit à combler un fossé qui n’avait pu l’être jusqu’alors par les politiques et les militaires.”Sergio, occupant divers postes de cadre supérieur des Nations Unies dans les Balkans, fit beaucoup pour renforcer et promouvoir le dialogue, la compréhension, la réconciliation et le respect des droits de l’homme non seulement dans les Balkans, mais partout où sa carrière et sa vie l’ont conduit.

1998 – 2002

Sous-Secrétaire Général aux Affaires Humanitaires, ONU, New York, États-Unis 1998-2002

• Nomination à la position la plus élevée dans le domaine humanitaire
• Réforme de l’ONU par la formation de groupes dans les domaines de l’humanitaire et du développement
• Défis : renforcement du Département des Affaires Humanitaires (DHA), en fournissant à la communauté humanitaire un leadership fort et en créant un environnement propice et sécurisé pour l’action humanitaire
• Enjeux des problèmes humanitaires et porte-parole des victimes muettes des crises humanitaires

Situation humanitaire à la fin des années quatre-vingt-dix et début 2000

1. Sergio Vieira de Mello fut nommé Sous-Secrétaire Général pour les Affaires Humanitaires en janvier 1998, par le Secrétaire général Kofi Annan. Lors de sa cérémonie de départ du HCR, Gerald Walzer, alors Haut-Commissaire adjoint, lui offrit un gilet pare-balles des Casques Bleus des Nations Unies “pour te protéger à New York”, a-t-il plaisanté. Ce cadeau se révéla de mauvaise augure car, plusieurs années plus tard, après le tragique attentat de Bagdad, ce fut Walzer qui fut chargé par coïncidence de mener l’enquête sur les défaillances de la sécurité au siège de l’ONU en Irak. Sergio assuma les responsabilités de l’ancien Département des Affaires Humanitaires (DAH), créé en 1992 en exécution de la Résolution 46/182 de l’Assemblée Générale. Il prit la relève de Yasushi Akashi avec qui il avait travaillé au Cambodge. Durant sa courte période de fonctionnement, le Département fut dirigé par trois Sous-Secrétaires Généraux, chacun apportant une contribution spéciale au développement du département qui fut chargé de superviser les opérations humanitaires en Somalie, au Rwanda, au Burundi, en Sierra Leone, au Libéria, en République populaire démocratique de Corée, en République démocratique du Congo, en Haïti et en Afghanistan.

2. Sergio entra en fonction au plus fort de la réforme de l’ONU dirigée par Maurice Strong, qui menaçait de regrouper et de réorganiser les grandes agences opérationnelles: HCR, UNICEF et PAM en une seule agence superpuissante. La réforme souleva aussi la possibilité de regrouper toutes les grandes agences de développement: PNUD, FNUAP etc… en une autre grande agence. L’anxiété, la peur et l’incertitude régnaient alors à l’intérieur du système des Nations Unies. Finalement, le Secrétaire Général prit l’importante décision de créer deux grands groupes: humanitaire (HCR, UNICEF, PAM et plus) et développement (PNUD, FNUAP et plus), le GNUD.

Réalisations

3. La première tâche de Sergio fut de réorganiser le Département des Affaires Humanitaires et d’assurer l’efficacité de son fonctionnement et de le rebaptiser «Bureau pour les Affaires Humanitaires ». Martin Griffiths, alors Directeur du Département des Affaires Humanitaires à Genève, fut muté à New York en tant qu’adjoint de Sergio. Par la suite, il fut remplacé par Carolyn McAskie. Ross Mountain fut nommé Directeur du Bureau de Genève. Carolyn McAskie fut plus tard en charge du Bureau en tant que Sous-Secrétaire Général aux Affaires Humanitaires ad interim, lorsque Sergio devint Administrateur des Nations Unies au Timor Oriental. Avec l’encouragement de Sergio, Carolyn entreprit un examen des fonctions et de la gestion d’OCHA. Dirigée par David Bassiouni, cette étude proposa un certain nombre de recommandations qui furent approuvées par Sergio et mises en œuvre. OCHA fut restructuré afin de maintenir à New York les relations diplomatiques, les négociations et la politique et à Genève, sous la direction de Ross Mountain, l’administration et la gestion des opérations sur le terrain et des catastrophes naturelles. Carolyn McAskie demeura Secrétaire Général Adjoint par intérim et vice-Coordonnateur des Secours d’Urgence (DERC). Ross, en tant que troisième fonctionnaire d’OCHA, fut désigné par Sergio comme Sous Coordonnateur des Secours d’Urgence (CREA) et Ed Tsui nommé Directeur à New York. Kofi Asomani détaché du HCR fut nommé à OCHA Genève au poste nouvellement créé de Directeur de la Protection des Personnes déplacées (IDP).

4. Le nouvel élan ainsi donné à OCHA lui permit d’être impliqué dans un grand nombre d’opérations humanitaires sur le terrain et dans des thèmes politiques. L’évaluation conjointe des conditions sur le terrain et de la planification des missions devint une partie importante des opérations humanitaires. Sergio apporta son attention personnelle au Comité Permanent Inter-organisations (IASC) et au Comité Exécutif pour les Affaires Humanitaires (ECHA), l’organe de décision de la politique humanitaire du Secrétaire Général. Cela aboutit à l’adoption des grandes lignes de la politique humanitaire et à certaines directives, comme celles concernant la protection des civils otages des conflits armés, le Regroupement au Burundi, la Protection des Personnes Déplacées (IDP), les négociations des principes humanitaires et de l’accès, la prévention de l’abus et de l’exploitation de la femme, la formation des soldats de la paix à l’égard les droits de l’homme dans les missions de l’ONU, la sécurité du personnel, etc…

5. La nomination de Sergio au poste de Secrétaire Général Adjoint fut largement saluée dans le domaine humanitaire, ainsi que par les donateurs qui l’appréciaient et le respectaient énormément. OCHA bénéficia d’un appui sans précédent de la part des donateurs qui lui apportèrent un immense soutien et s’organisèrent même en « Amis du Bureau». Sergio appuya et encouragea OCHA Genève à lancer tous les ans la Procédure d’Appel Global (CAP) en tant que manifestation de haut niveau dans les pays donateurs. Ce fut un succès croissant.

6. Sergio était intensément engagé dans le dialogue et les négociations pour la réconciliation entre états et parties non-étatiques au nom des victimes de crises humanitaires et s’exprima en leur nom de manière puissante et éloquente. Il inaugura l’idée de présenter régulièrement un rapport sur les affaires humanitaires au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Ces Sessions sont devenues si populaires qu’elles ont toujours eu une large audience. Pour la première fois, cet organe hautement politique commença à s’intéresser aux questions humanitaires d’actualité. Sergio restera longtemps présent dans les mémoires à OCHA et dans le monde entier, tous convenant qu’il laisse le souvenir, non seulement d’un charisme hors du commun, mais aussi d’un leadership de haut niveau et de grande efficacité. Durant son mandat, le bureau fonctionna avec succès et obtient un soutien sans limite de la part des donateurs. Le Conseil de Sécurité s’intéressa également davantage aux victimes de crises.

06-07 1999

Représentant spécial du Secrétaire Général au Kosovo, juin-juillet 1999

• Une confrontation militaire éclate suite à la révocation de l’autonomie du Kosovo par la République Fédérale de Yougoslavie
• Des raids meurtriers de la Yougoslavie sur le Kosovo : 2.000 tués et 250.000 réfugiés en fuite
• Suite à l’intervention de l’OTAN, les forces yougoslaves se retirent du Kosovo
• Mission de l’ONU au Kosovo (MINUK)

Situation au Kosovo à la fin des années quatre-vingt dix

1. La place du Kosovo dans le contexte élargi des Balkans n’a jamais été facile. Avec une majorité de musulmans albanais et malgré un gouvernement dominé par les Serbes, le Kosovo jouissait d’une certaine autonomie. Cet arrangement délicat fut ébranlé lorsque Slobodan Milosevic, peu après son arrivée au pouvoir en 1989, annonça son intention de révoquer l’autonomie du Kosovo. Les tensions augmentèrent naturellement entre les deux groupes ethniques. La crise éclata en mars 1998, date à laquelle l’armée yougoslave et les milices de l’Armée de Libération du Kosovo (UCK) commencèrent à s’affronter. Ces affrontements connurent un regain de férocité lorsque l’armée yougoslave envoya des raids sur un certain nombre de villages du Kosovo, tuant près de 2.000 personnes et forçant 250.000 réfugiés à fuir.

2. Le 23 septembre 1998, le Conseil de Sécurité lança un appel au cessez-le-feu, demandant le retrait des forces serbes et le début des négociations. Milosevic accepta de retirer ses forces mais les affrontements continuèrent. C’est à cette période que le nettoyage ethnique eut lieu. Finalement le dernier effort de négociation entre l’envoyé américain Richard Holbrooke et Milosevic capota. L’OTAN, par l’intermédiaire de son Secrétaire Général Javier Solana, n’eut d’autre choix que d’ordonner le bombardement aérien de la République Fédérale de Yougoslavie. Le 4 juin 1999, Milosevic finit par capituler sous la pression des bombardements de l’OTAN et retira ses troupes du Kosovo le 20 juin. Le Kosovo retrouva alors paix et stabilité bien que les frictions entre les deux groupes ethniques n’étaient pas apaisées.

3. Auparavant, le 27 mai, Mme Louise Arbour, alors Procureur à la Cour Internationale de Justice de La Haye qui remplaça le juge Richard Goldstone et plus tard Sergio Vieira de Mello comme Haut Commissaire aux Droits de l’Homme, annonça que des accusations de crimes contre l’humanité seraient portées contre Milosevic. En effet, elle allait plus tard porter des accusations contre lui pour les crimes commis dans d’autres pays de l’ex-Yougoslavie, y compris la Bosnie.

4. Le Secrétaire Général Kofi Annan envoya Sergio, alors Sous-Secrétaire Général Adjoint aux Affaires Humanitaires, pour évaluer les besoins humanitaires au Kosovo, en juin 1999. Son rapport au Conseil de Sécurité donna un important mais attristant compte rendu d’un peuple victime de violences et de déplacements forcés et dont seulement une infime partie put choisir où s’exiler. Il souligna l’importance du retour de ces personnes dans leurs terres d’origine et la nécessité de leur apporter une aide humanitaire. Il exhorta également le Conseil de Sécurité à mettre en place une présence internationale au Kosovo. Le 11 juin, le Secrétaire Général nomma Sergio comme son Représentant Spécial pour le Kosovo, ad interim. Ainsi, les bases pour établir une administration des Nations Unies au Kosovo vit le jour et Sergio prit en charge la Mission Intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK). La mission était structurée sur quatre piliers : l’administration civile intérimaire, les affaires humanitaires, la reconstruction et le renforcement des institutions.

Réalisations

5. Sergio prit ses fonctions à Pristina le 13 juin 1999. Les défis colossaux qui attendaient la mission comprenaient notamment le rétablissement de la loi et de l’ordre, la fourniture d’une assistance humanitaire aux milliers de rapatriés, l’établissement d’une administration, la relance des services sociaux de base et l’initiation de la reconstruction. Sergio résuma bien la mission en déclarant : “cette mission de l’ONU au Kosovo est probablement le plus grand défi auquel l’ONU a dû faire face depuis le lancement à la fin des années 1940 du concept de maintien de la paix. Jamais auparavant, même au Cambodge, l’ONU n’a pris en charge de si vastes et importantes tâches exécutives”.

6. Sergio réussit à persuader l’Union Européenne d’inclure un contingent de police dans la mission. Il encouragea également le HCR à ouvrir cinq bureaux au Kosovo et l’UNICEF à mener le programme Back-to-School. Il focalisa toute son attention sur le rétablissement des relations entre albanais et serbes du Kosovo en encourageant le dialogue, ce qui pour la première fois amena les deux communautés à se réunir pour discuter de leurs problèmes et essayer de concilier leurs différences.

7. Sergio aurait pu continuer à diriger la mission dans laquelle il avait déjà tant investi, mais les États membres de l’ONU, reconnaissant le rôle prédominant de l’OTAN dans la sécurité des Balkans, insistèrent pour qu’elle soit dirigée par un Européen. Finalement, Bernard Kouchner, un ressortissant français et ami proche, fut nommé pour lui succéder à la tête de la mission. En accueillant Kouchner à l’aéroport, il déclara:“Bienvenue Amigo ! Je suis heureux de te voir ici.” Kouchner a répondu: “Tu as été plus rapide que la foudre, Sergio. C’est un plaisir d’avoir hérité ce poste de toi.” Sergio répliqua : ” Tu verras, c’est une mission parfaitement adaptée pour toi, très politique !”

1999 – 2002

Administrateur transitoire, UNTAET, DPKO, Dili, Timor Oriental 1999-2002

• L’Indonésie envahit et annexe l’ancienne colonie portugaise du Timor Oriental
• Longue guerre de libération avec 200.000 tués et des milliers de déplacés
• Le référendum, sous supervision des Nations unies, vote pour l’indépendance
• Répression sévère de l’Indonésie impliquant entre 600 et 2.000 morts ainsi que 250.000 réfugiés
• Mission de l’ONU et administration transitoire

Situation au Timor Oriental à la fin des années quatre-vingt dix et au début des années 2000

1. En juillet 1976 l’Indonésie envahit et annexe l’ancienne colonie portugaise du Timor Oriental. L’ONU ne reconnaitra jamais cette annexion. Une lutte pour la libération du pays, par le biais de la FALINTIL (Forces armées pour la Libération du Timor Oriental), un mouvement dirigé par Xanana Gusmao, débute presque immédiatement et durera jusqu’en juin 1999. Quelque 200.000 personnes perdent la vie dans cette guerre et des milliers sont contraints de fuir, soit à l’intérieur du pays soit en quittant l’île. Xanana Gusmao fut lui-même capturé et emprisonné par les Indonésiens. En dépit de plusieurs résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU, le Timor Oriental resta sous l’emprise de la répression indonésienne pendant 23 ans.

2. En Juin 1999, l’Organisation des Nations Unies établit une mission au Timor Oriental. Celle-ci est chargée de superviser le référendum du 30 août 1999, au cours duquel les Timorais de l’Est votent massivement en faveur de leur indépendance. S’en suit immédiatement un règne de terreur de la part des milices pro-indonésiennes qui fait des ravages parmi la population. En l’espace de seulement deux mois entre 600 et 2.000 personnes furent tuées et quelque 250.000 réfugiés déplacés vers la partie occidentale de l’île. Le 15 septembre, le Conseil de Sécurité adopte la résolution 1264 demandant le déploiement de la force internationale INTERFET, sous commandement australien. Le 25 octobre 1999, le Conseil de Sécurité adopte une autre résolution, la résolution 1272, qui prévoit la création d’une Administration Transitoire des Nations Unies au Timor oriental (UNTAET) composée de 8.000 soldats de la paix des Nations Unies issus de 24 pays, 1.000 membres du personnel international et des bénévoles. Sergio Vieira de Mello, alors Sous-Secrétaire Général Adjoint aux Affaires Humanitaires, est alors nommé Administrateur Transitoire par le Secrétaire Général, Kofi Annan, et prend la responsabilité générale de cette importante opération de l’ONU.

Réalisations

3. La mission de l’Administration Intérimaire des Nations Unies qui gouverna le Timor Oriental de la fin de l’année 1999 jusqu’à l’indépendance en mai 2002 fut de rétablir la loi et l’ordre et de créer un environnement propice dans lequel les 740.000 habitants du Timor Oriental pourraient reconstruire leurs vies et leur pays afin de préparer l’indépendance. Sous la direction dynamique de Sergio, l’UNTAET réussit à créer un état viable avec des infrastructures fonctionnelles telles que l’administration politique, le système judiciaire, la police, la défense, la santé et l’éducation. Des milliers de réfugiés ont pu être rapatriés et réintégrés dans leurs terres d’origine. Au moment de l’indépendance en mai 2002, les Timorais orientaux pouvaient revendiquer avec fierté la scolarisation de 240.000 enfants dans les écoles, 5.000 élèves inscrits à l’université et environ 10.000 fonctionnaires recrutés et formés. Le succès sur le front politique fut également impressionnant : les timorais participèrent activement aux élections législatives et présidentielles, élisant un parlement de 98 sièges et leur héros, Xanana Gusmao, comme premier Président du tout jeune État. Sergio avait réussi à établir des relations solides et étroites avec Xanana Gusmao.

4. Le 20 mai 2002, l’ex-chef rebelle déclara officiellement l’indépendance du Timor Oriental. L’événement fut salué par plusieurs dirigeants du monde, dont l’ancien président Bill Clinton. Le pays n’avait plus rien à voir avec le pays que Sergio décrivait en arrivant dans la capitale Dili, le 17 novembre 1999 : “Quand je suis arrivé à Dili, j’ai découvert une ville et un pays en ruine. J’étais abasourdi et craignais de ne pas être capable de relever un tel défi”. Malgré tous ces succès, à mettre au crédit de Sergio, la mission fut critiquée pour les prétendus mauvais traitements infligés par l’INTERFET aux combattants de la FALINTIL et pour ne pas avoir permis aux Timorais de prendre le contrôle de leur pays assez rapidement. Lors d’un incident mémorable, les combattants de la FALINTIL en colère manifestèrent devant l’ONU contre les supposés mauvais traitements qu’ils subissaient. Ce n’est que grâce à l’intervention de médiation de Sergio entre la FALINTIL et l’INTERFET qu’un affrontement sanglant put être évité. Une fois encore, Sergio démontra des talents de diplomate et une force de persuasion qui lui permirent de rétablir le dialogue, d’aplanir les divergences et de parvenir finalement à un consensus entre les deux parties.

5. Alors que deux soldats de la paix avaient été tués et que des rumeurs faisaient état de milices infiltrées dans Dili, Sergio réagit fermement en persuadant le Conseil de Sécurité de modifier le chapitre VI du mandat de l’UNTAET afin d’empêcher la remise en cause de la mission et l’atteinte à sa crédibilité. Avec un pouvoir accru, l’UNTAET put ainsi combattre et éliminer les milices et assurer à nouveau la paix, la sécurité et la stabilité au Timor Oriental. Sergio quitta Dili le 21 mai 2002, le lendemain du jour où le Timor-Leste accédait à l’indépendance. Le destin fit qu’il ne put jamais revenir au pays et voir le fruit de sa vision et de son travail. Il laissa néanmoins un remarquable succès en héritage pour les Nations Unies. Au décès de Sergio, le Timor-Leste le pleura profondément à travers les mots de son Président Xanana Gusmao : “Notre nation pleure la mort d’un ami unique et inoubliable. La mort de Sergio Vieira de Mello montre clairement combien il est important pour le monde de s’unir et de trouver une voie vers la paix. Le peuple du Timor-Leste a perdu un ami extraordinaire. Sa mort est un coup terrible pour l’humanité et pour tous ceux qui s’engagent en faveur de la communauté internationale.”

2002 – 2003

Haut-Commissaire aux Droits de l’Homme, Genève, Suisse, 2002- 2003

• Nouveau champ d’activités et nouveaux défis
• Relation difficile de la Haut Commissaire sortante avec certaines grandes puissances
• Nouveau bureau et moyens limités, mais de grandes attentes
• Violations majeures des droits de l’homme et lutte contre le terrorisme

Situation des droits de l’homme au début des années 2000

1. Le Bureau du Haut Commissaire aux Droits de l’Homme (HCDH) a été créé en septembre 1997. Les déclarations publiques souvent musclées de Mary Robinson, ancienne Présidente de l’Irlande, nommée Haut Commissaire aux Droits de l’Homme en ce même mois de septembre, attirèrent l’attention sur un bureau des Nations Unies qui jusque-là était resté dans l’ombre. La franchise de Mary Robinson déplut à certaines grandes puissances. Le Bureau manquait des ressources et de la capacité nécessaires pour affronter les immenses défis que représentaient les violations massives des droits de l’homme et la culture de l’impunité dans de nombreux pays. Le monde entier attendait du Bureau qu’il dénonce ces violations, qu’il fasse comparaître en justice leurs auteurs et qu’il fasse assumer à tous les gouvernements leurs responsabilités vis-à-vis de leurs concitoyens. Mary Robinson quitta le HCDH en juin 2002. Pour lui succéder, le Secrétaire Général, Kofi Annan, nomma Sergio Vieira de Mello.

2. Sergio prit ses fonctions de Haut Commissaire aux Droits de l’Homme en septembre 2002. Cette fonction l’éloignait du terrain qu’il connaissait bien, celui des réfugiés, de l’action humanitaire et de la diplomatie. L’accueil de sa nomination fut mitigé. D’aucuns pensaient qu’il n’avait pas les connaissances nécessaires, qu’il manquait d’expérience en matière des droits de l’homme et qu’il n’aurait pas le courage de dénoncer les abus, ce qui ne le rendait pas apte à occuper ce poste. Kenneth Roth, le Directeur de Human Rights Watch, ne prit pas de gants pour exprimer son opinion : « Son principal défi sera de prouver qu’il saura tenir tête aux gouvernements et parler d’une voix ferme pour défendre les victimes d’abus des droits de l’homme». D’autres, au contraire, étaient convaincus que le Bureau allait bénéficier de sa capacité, appuyée sur une longue expérience, à gérer les crises et les hommes ainsi que de son habileté à traiter avec les autorités. À ses détracteurs, aussi bien qu’à ses partisans, Sergio disait : « Vous pouvez me faire confiance. Chaque fois qu’il faudra prendre position sur une question, je le ferai à ma manière, et tant pis si ça ne plaît pas à tout le monde». Fidèle à sa parole, ainsi que les événements le prouvèrent par la suite, Sergio s’exprima haut et fort sur toutes les questions de droits de l’homme qui lui paraissaient importantes et n’hésita pas à le faire toutes les fois qu’il le jugea nécessaire.

Réalisations

3. Sergio assuma ses nouvelles fonctions avec son pragmatisme habituel, en affirmant : « Les concepts universels et abstraits n’ont de valeur que si l’on peut les mettre en pratique. C’est ce que je vais m’efforcer de faire. » Il concevait le Bureau comme une agence des Nations Unies quasi-indépendante, à l’instar du Haut Commissariat pour les Réfugiés (HCR). Il entreprit de réformer le Bureau en prenant un certain nombre d’initiatives. Choqué par l’étroitesse du budget dont le Bureau disposait, il fit appliquer des mesures visant à réduire les coûts, ce que certains membres du personnel n’acceptèrent pas de bonne grâce. Il fit tout de suite appel au Secrétaire Général et aux pays donateurs pour obtenir leur appui en faveur du Bureau. La réponse ne se fit pas attendre et l’aide apportée fut considérable. Il encouragea la rotation entre le terrain et le siège. En fidèle partisan des opérations de terrain, il accorda très vite une attention spéciale aux quarante bureaux extérieurs. Il ne tarda pas non plus à entreprendre des visites officielles. En janvier 2003, il se rendit d’abord en Angola, puis en République Démocratique du Congo (RDC). Sa visite en RDC eut lieu au moment où étaient commis les pires abus contre les droits de l’homme; les auteurs de ces abus commis à grande échelle se trouvaient aussi bien du côté des factions rebelles que du gouvernement congolais lui-même. Il critiqua publiquement les deux camps dans les termes les plus sévères. À son retour, il exhorta le Conseil de Sécurité des Nations Unies et les donateurs à intervenir pour mettre fin aux atrocités flagrantes, notamment en renforçant la présence de la Mission de maintien de la paix des Nations Unies (MONUC), qui était constituée alors du seul contingent uruguayen. À l’instigation de la France, plusieurs gouvernements décidèrent de fournir des troupes à la MONUC.

4. L’histoire de la Commission des droits de l’homme s’était caractérisée par une suite d’attentes et de rêves déçus. Les délibérations des membres de la Commission étaient souvent houleuses et les résolutions qui en découlaient péchaient par manque de réalisme. Dans ces conditions, il était difficile d’aboutir à des actions concrètes. La Commission et le HCDH se devaient d’être complémentaires et devaient se renforcer mutuellement. La relation de Sergio avec la Commission ne fut pas facile, dû à l’antagonisme naturel qui existe entre un réaliste pragmatique et un rhétoricien théorique. C’est lors de la 59e session de la Commission, qui eut lieu le 25 avril 2003, que Sergio prononça son premier discours en tant que Haut Commissaire. Il profita de cette occasion pour rappeler la différence entre son Bureau et la Commission. Il appela à la compréhension réciproque et à la coopération. Il pressa la Commission d’émettre des résolutions réalistes et applicables, pouvant faire l’objet d’un réel suivi. Il conseilla à la Commission d’éviter de politiser ses travaux et d’éliminer de ses résolutions annuelles les « traditionnelles dénonciations », pour ainsi dire jamais appliquées.

5. Au cours de son mandat au HCDH, Sergio a été confronté à deux questions particulièrement épineuses. Il parlait ouvertement des difficultés des Nations Unies et de la communauté internationale à réagir de manière déterminée, et de leur incapacité à mettre un terme aux abus flagrants des droits de l’homme en Iraq, question à laquelle il était particulièrement sensible. Bien que n’admettant pas le terrorisme, il n’hésitait pas à dire publiquement, et même au Président George Bush, que la façon dont la « lutte contre le terrorisme » était conçue, planifiée et mise à exécution, aurait un effet négatif sur les droits de l’homme. Les événements lui donnèrent raison. Un ancien haut fonctionnaire du HCR, Ghassan Arnaout, rendit hommage à Sergio en ces termes élogieux : « Ses convictions intellectuelles et sa sensibilité personnelle le poussaient à s’engager pour toutes les causes nobles, à dépasser et à rejeter avec force tous les préjugés de race, de culture et de religion.
Indigné par la vague d’islamophobie qui s’était emparée de l’Occident dans la foulée du tragique événement du 11 septembre 2001, Sergio me confia sa ferme intention d’organiser une grande conférence visant à dénoncer ce phénomène et à inviter les nations musulmanes à rappeler publiquement leur foi dans les valeurs islamiques, tel le respect des êtres humains. Dans l’espoir de promouvoir la paix et la réconciliation, il voulait diriger lui-même les discussions et les débats, ainsi qu’y participer »
. La fatalité ne lui permit pas de réaliser ce rêve.

05-08 2003

Représentant spécial du Secrétaire général en Iraq, 2003

• Invasion de l’Iraq sous l’égide des Etats-Unis
• Chute de Saddam Hussein et effondrement du Gouvernement iraquien et de l’administration du pays
• Des milliers de réfugiés et de personnes déplacées internes
• Mission impossible

Situation en Iraq au début des années 2000

1. Il y avait à peine huit mois que Sergio Vieira de Mello occupait le poste de Haut-Commissaire aux Droits de l’Homme à Genève, lorsque le Secrétaire Général des Nations Unies, Kofi Annan, décida d’en faire son Représentant Spécial en Iraq pour une période de quatre mois. Ses collaborateurs qui, durant ses huit premiers mois au Palais Wilson, avaient pu pleinement apprécier son travail, son engagement et sa vision, furent à la fois stupéfaits et indignés par l’annonce de cette nomination, tout comme les défenseurs des droits de l’homme. Ils eurent un sentiment d’abandon et l’impression que les droits de l’homme étaient relégués au bas de l’échelle des priorités des Nations Unies. Le Secrétaire Général tenta de les apaiser par ces mots : « Bien sûr, je dois reconnaître que ce fut une décision très difficile à prendre que de désigner un Haut-Commissaire en place comme mon Représentant en Iraq, même à titre temporaire, étant donné la place que j’accorde aux droits de l’homme dans mon propre programme et l’importance capitale qu’ils revêtent pour cette organisation. Ce ne fut certes pas une décision facile, mais elle reflète l’immense défi que nous nous devons de relever. Dans ce domaine, Sergio Vieira de Mello est la personne la plus expérimentée qui soit. De plus, pour que nous puissions réellement nous organiser et être opérationnels et efficaces tout de suite, j’avais besoin de quelqu’un qui puisse se mettre immédiatement au travail et nous aider à lancer l’opération.»

2. La coalition américano-britannique envahit l’Iraq de façon unilatérale le 19 mars 2003. L’intervention militaire éclair conduisit très vite à la chute de Saddam Hussein et à l’effondrement du Gouvernement Iraquien et de l’administration du pays. Après des semaines d’inertie et d’indécision, le Conseil de Sécurité des Nations Unies adopta, le 22 mai de cette même année, la résolution 1483, afin d’établir une feuille de route pour gérer l’après-conflit en Iraq. La résolution confiait aux Nations Unies la responsabilité de prêter assistance aux Iraquiens, en coordination avec l’Autorité de la coalition, dans un certain nombre de domaines, notamment l’aide humanitaire, le rapatriement et la réintégration des réfugiés et des personnes déplacées internes, la remise en état des services sociaux de base, la reconstruction, la réhabilitation des infrastructures, le rétablissement de la gouvernance au moyen de réformes juridiques et judiciaires et la création d’une police.
Tout au long de son bref mandat, Sergio écouta avec une attention indéfectible les doléances, les souhaits, les peines et les espoirs des Iraquiens. Il pensait – et ne le cachait pas – que si les Iraquiens n’avaient pas la conviction d’avoir eux-mêmes la responsabilité de la démocratisation et non les Américains, jamais cet important processus politique ne pourrait s’établir durablement en Iraq. Son engagement désintéressé envers les Iraquiens se fondait sur son respect et son amour pour les gens et sur son attachement à ses principes d’équité et de justice.

3. Peu de temps après son arrivée, Sergio prit l’initiative d’organiser, en collaboration avec le Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme (HCDH), la tenue d’un colloque intitulé « Consultation d’experts sur les principes internationaux devant soutenir les efforts de la justice face aux violations des droits de l’homme commises en Iraq dans le passé ». Sergio avait prévu, par ailleurs, de créer un centre de documentation des droits de l’homme à l’Université de Bagdad, preuve supplémentaire du rôle central que jouaient les droits de l’homme dans son action en Iraq. Dès le début, Sergio remit en question le mandat de la mission des Nations Unies en Iraq qu’il trouvait « brumeux et ambigu ». Néanmoins, en bon soldat qu’il était, il accepta son affectation de plein gré. Interrogé par un journaliste qui lui demandait pourquoi il avait accepté cette mission de tous les dangers, il répondit : « Parce que je n’ai pas trouvé de bons arguments pour la refuser. »

4. Le 22 juillet, et pour la première fois après son entrée en fonctions à Bagdad, Sergio s’adressa au Conseil de Sécurité de l’ONU à New York. Il présenta son appréciation de la situation en toute honnêteté et rappela aux membres du Conseil que la mission était « la pierre angulaire de l’approche du Secrétaire Général pour les activités de l’ONU en Iraq ; que tout devait être fait dans l’intérêt du peuple iraquien et du pays, afin de lui rendre la capacité de se prendre en main ; que toutes les décisions devaient être prises soit par les Iraquiens eux-mêmes, soit en consultation avec eux et que ces dernières devaient avoir pour but le rétablissement total de la souveraineté et le retour à part entière de l’Iraq dans le concert des nations …La démocratie ne saurait être imposée de l’extérieur. Les Iraquiens voulaient la sécurité, l’ordre et la loi, la remise en état des services de base, ainsi que la mise sur pied d’institutions iraquiennes, représentatives et crédibles, permanentes. »

5. Au cours de l’été 2003, la situation sécuritaire en Iraq commença à se dégrader. Sergio alerta l’ONU en faisant connaître les profondes préoccupations des Iraquiens au sujet de la détérioration des conditions de sécurité, particulièrement à Bagdad. Lors d’une conférence de presse qu’il tint à New York après avoir présenté son rapport au Conseil de Sécurité, Sergio exprima sa crainte de voir le personnel international lui-même devenir la cible d’attaques. Il souligna à maintes reprises qu’il incombait avant tout à l’Autorité provisoire de la coalition d’assurer la sécurité et l’ordre. La relation de Sergio avec l’Administrateur civil de la Coalition, Paul Bremer, n’était pas facile. Le 18 août, la veille de l’attentat à la bombe contre le siège de l’ONU à Bagdad, un article publié dans le Mail et le Guardian affirmait que Sergio Vieira de Mello « avait récemment fait part à l’Administrateur américain, de même qu’à son homologue britannique, de ses inquiétudes concernant les perquisitions, les détentions, le traitement des détenus, la durée de la détention préventive, l’accès pour les familles et les avocats et la création d’une banque de données centrale des prisons. »

6. Dans sa dernière interview télévisée, quarante-huit heures à peine avant sa mort, une équipe de tournage de la BBC demanda à Sergio : « Que pensez-vous des conditions dans lesquelles les gens sont arrêtés ? » Il répondit : « Inutilement brutales, comme je l’ai déjà dit. Souvent ces arrestations se font au mépris des sensibilités locales, de la culture et de la religion. Et cela n’est pas nécessaire, car je suppose que l’on peut parvenir au même résultat en faisant preuve de plus de respect vis-à-vis des traditions et de la culture de l’endroit. »

7. Le 19 août, en plein milieu de l’après-midi, un camion piégé fit exploser le quartier général de l’ONU, fauchant la vie d’un infatigable champion des causes humanitaires, ainsi que celle de vingt et un de ses collaborateurs.

Le monde fut frappé de stupeur.
Les démonstrations de chagrin et d’indignation furent massives.

Epilogue

Ses dernières heures

En ce chaud après-midi du 19 août 2003, Sergio était dans une réunion dans son bureau de l’Hôtel Canal. Pendant ce temps, un camion chargé d’explosifs, contournait le périmètre de sécurité en empruntant un chemin de terre qui longeait un côté de l’édifice et s’arrêtait à quelques mètres de distance du bureau de Sergio. Il était 16h30, heure locale, lorsque se produisit la déflagration, provoquant l’effondrement d’un des côtés du bâtiment, blessant des centaines de personnes et en tuant 22, parmi lesquelles, Sergio.

Abu Musab al-Zarqawi, le chef de la branche iraquienne d’Al-Qaeda, revendiqua très vite la responsabilité de cet attentat qui devait marquer le début d’une suite de violentes attaques en Irak.

Des militaires américains et le personnel de protection rapprochée des Nations Unies établirent rapidement un périmètre de sécurité autour du lieu de l’explosion, afin de faciliter les opérations de sauvetage. Bien que les deux gardes du corps de Sergio, Gabriel Pichon et Romain Baron, eussent repéré Sergio sous les décombres, les secours mirent du temps à parvenir sur place, d’une part, parce que les moyens de secours étaient rudimentaires et, d’autre part, parce qu’un chaos généralisé s’instaura sur les lieux dans la foulée de l’attentat.

Romain, dont la tête saignait, dut être évacué et emmené dans une structure médicale. Gabriel et l’attaché militaire de Sergio, Jeff Davie, réussirent à se creuser un passage à travers les gravats du bâtiment pour parvenir jusqu’à Sergio et tenter de le sauver. Ils furent les dernières personnes à parler avec Sergio et à pouvoir témoigner de ses ultimes instants de souffrance, cloué par terre par les débris de l’Hôtel Canal.

Gravement blessé, « il était dans un état semi-comateux ; ses réponses à mes questions devenaient de plus en plus inaudibles », se souvient Gaby. « Jeff et moi voulions l’extraire de cet enfer à tout prix … il n’y avait que nous pour le faire […]. Sergio mourut devant Jeff et moi. Une heure après l’attentat, notre Samouraï de la paix avait renoncé à se battre… » (extrait du livre original en français de Gabriel Pichon « Mission inachevée »).

Le monde était en état de choc. Les Nations Unies, dont la présence en Iraq à la fin des opérations militaires avait pour but d’aider les Iraquiens à reconstruire leur pays et à obtenir leur indépendance, venaient d’être la cible d’un attentat terroriste. Ce jour-là, les Nations Unies perdirent quelques-uns de leurs meilleurs fonctionnaires, des familles furent déchirées et des vies brisées.

Le 22 août, le Gouvernement iraquien, le corps diplomatique et des membres de la communauté internationale en Iraq rendirent un dernier hommage à Sergio sur le tarmac de l’aéroport de Bagdad. L’avion présidentiel, envoyé par le Gouvernement du Brésil, transporta le corps mutilé de Sergio à Genève, où sa famille l’attendait pour l’accompagner à Rio de Janeiro. Au Brésil, trois jours de deuil national furent décrétés. Des milliers de compatriotes brésiliens de Sergio bordaient la route de l’aéroport et agitaient des mouchoirs blancs pour dire au revoir à leur héros.

À Genève, les amis et collègues de Sergio, se rassemblèrent pour une marche silencieuse, chacun tenant une rose blanche à la main. Une cérémonie fut organisée dans la salle des assemblées, qui se révéla trop petite pour contenir la foule qui voulait dire un ultime adieu à Sergio.

Le 28 août 2003, après le retour par avion du corps de Sergio en Suisse, un cortège funèbre partit de la morgue en direction de l’église Saint-Paul à Genève pour une dernière bénédiction au cours d’une cérémonie privée. La cérémonie funèbre s’était voulue intime, mais de fait plus de 800 personnes, venues des quatre coins du globe, y prirent part pour rendre hommage à Sergio. Ce jour-là, vingt et une bougies furent allumées en mémoire des vingt et une autres victimes de l’attentat de Bagdad. L’épouse de Sergio, Annie, et ses deux fils, Laurent et Adrien, allumèrent la vingt deuxième bougie : la bougie de Sergio.

Après une cérémonie émouvante, durant laquelle la plupart de ceux qui y assistaient ne purent retenir leurs larmes, les gardes du corps de Sergio lui rendirent honneur en portant son cercueil hors de l’église. Un dernier convoi funèbre traversa les rues de Genève jusqu’à sa destination finale, le Cimetière des Rois, où Sergio repose désormais en paix.

Remerciements

La Fondation tient à remercier chaleureusement les personnes qui ont collaboré à la préparation des textes sur la carrière et les réalisations de Sergio Vieira de Mello.
Parmi ces contributeurs, certains méritent une reconnaissance spéciale:

• La Bibliothèque et le Centre de Documentation du HCR.

• L’Unité des archives photographiques du HCR.

• Le personnel du HCR, de l’ONU et des ONG, passé et présent.

• La bibliothèque des Nations Unies, à Genève.

• « L’État des Réfugiés du Monde: Cinquante ans d’action humanitaire », HCR 2000.

• « L’État des réfugiés dans le monde », HCR, 2005.

• « Un avenir protégé: Assistance internationale aux réfugiés », Yefime Zarjevski, Pergamon Press, 1988.

• « Sergio Vieira de Mello: un homme exceptionnel » George Gordon-Lennox et Annick Stevenson, Editions du Tricorne, 2004.

• « La décennie houleuse: Face aux crises des réfugiés des années 90 », Sadako Ogata, Norton & Company Inc., 1998.

• « Génocide en Bosnie », Norman CIGER, Texas A & M University Press, 1995.

• « Love Thy Neighbor », Peter Maas, Alfred Knopf, New York, 1996.

• « Guerre civile en Bosnie – 1992-1994 », Edgar O’Ballance, Macmillan Press Ltd, 1995.